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Tome premier.
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614
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LES CONFESSIONS.

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Depuis le départ de madame de Verdelin, la fermentation de-venoit plus vive; et malgré les rescritsréitérés du roi, malgré lesordres fréquents du conseil d’état, malgré les soins du châtelainet des magistrats du lieu, le peuple, me regardant tout de boncomme l’Antéchrist, et voyant toutes ses clameurs inutiles, parutenfin vouloir eu venir aux voies de fait; déjà dans les cheminsles cailloux commençoient à rouler auprès de moi, lancés cepen-dant encore d'un peu trop loin pour pouvoir m’atteindre. Enfin,la nuit de la foire de Motiers , qui est au commencement de sep-tembre, je fus attaqué dans ma demeure, de manière à mettreen danger la vie de ceux qui l’habitoient.

A minuit, j’entendis un grand bruit dans la galerie qui régnoitsur le derrière de la maison. Une grêle de cailloux, lancés contrela fenêtre et la porte qui donnoient sur cette galerie, y tombèrentavec taat de fracas, que mon chien, qui couchoit dans la galerie,et qui avoit commencé par aboyer, se tut de frayeur, et se sauvadans un recoin, rongeant et grattant les planches pour tâcher defuir. Je me lève au bruit ; j’allois sortir de ma chambre pour pas-ser dans la cuisine, quand un caillou lancé d’une main vigou-reuse traversa la cuisine après en avoir cassé la fenêtre, vint ou-vrir la porte de ma chambre et tomber au pied de mon lit ; desorte que si je m’étois pressé d’une seconde, j’avois le caillou dansl’estomac. Je jugeai que le bruit avoit été fait pour m’attirer, etle caillou lancé pour m’accueillir à ma sortie. Je saute dans lacuisine. Je trouve Thérèse, qui s’étoit aussi levée , et qui toutetremblante accouroit à moi. Nous nous rangeons contre un mur,hors de la direction de la fenêtre, pour éviter l'atteinte despierres, et délibérer sur ce que nous avions à faire : car sortirpour appeler du secours étoit le moyen de nous faire assommer.Heureusement, la servante d’un vieux bonhomme qui logeoit au-dessous de moi se leva au bruit, et courut appeler M. le châtelain,dont nous étions porte à porte. Il saute de son lit, prend sa robede chambre à la hâte, et vient à l'instant avec la garde, qui, àcause de la foire, faisoit la ronde cette nuit-là , et se Irouva toutà portée. Le châtelain vit le dégât avec un tel effroi qu’il en pâlit;et, à la vue des cailloux dont la galerie étoit pleine , il s’écria :Mon Dieu ! c’est une carrière ! En visitant le bas, on trouva quela porte d’une petite cour avoit été forcée, et qu’on avoit tenté depénétrer dans la maison par la galerie. En recherchant pourquoila garde n’avoit point aperçu ou empêché le désordre, il se trouva