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Tome premier.
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PAUTIË XI, LIVXXE XII. ( 1765 .) 625

précisément le contraire : je commis quelque chose à l’ouvragede la nature, mais rien à celui du jardinier.

Pour les après-dinées, je les livrois totalement à mon humeuroiseuse et nonchalante, et à suivre sans règle l'impulsion du mo-ment. Souvent, quand l’air étoit calme, j’allois immédiatementen sortant de table me jeter seul dans un petit bateau, que le re-ceveur m’avoit appris à mener avec une seule rame; je m’avan-çois en pleine eau. Le moment où je démois me donnoit une joiequi alloit jusqu’au tressaillement, et dont il m’est impossible dedire ni de bien comprendre la cause, si ce n’étoit peut-être une fé-licitation secrète d’être en cet état hors de l’atteinte des mé-chants. J’errois ensuite seul dans ce lac, approchant quelquefoisdu rivage, mais n’y abordant jamais. Souvent, laissant aller monbateau à la merci de l’air et de l’eau, je me livrois à des rêveriessans objet, et qui, pour être stupides, n’en étoieut pas moinsdouces. Je m’écriois parfois avec attendrissement : O nature ! ôma mère ! me voici sous ta seule garde ; il n’y a point ici d’hommeadroit et fourbe qui s’interpose entre toi et moi. Je m’éloignoisainsi jusqu’à demi-lieue de terre; j’aurois voulu que ce lac eût étél’océan. Cependant, pour complaire à mon pauvre chien, quin’aimoit pas autant que moi de si longues stations sur l’eau, jesuivois d'ordinaire un but de promenade : c’étoit d’aller débarquerà la petite île, de m’y promener une heure ou deux, ou de m’é-tendre au sommet du tertre sur le gazon, pour m’assouvir duplaisir d’admirer ce lac et ses environs, pour examiner et dissé-quer toutes les herbes qui se trouvoient à ma portée, et pour mebâtir, comme un autre Robinson, une demeure imaginaire danscette petite île. Je m’affectionnai fortement à cette butte. Quandj’y pouvois mener promener Thérèse avec la receveuse et sessœurs, comme j’étois fier d’être leur pilote et leur guide ! Nous yportâmes en pompe des lapins pour la peupler ; autre fête pourJean-Jacques. Cette peuplade me rendit la petite île encore plusintéressante. J’y allois plus souvent et avec plus de plaisir depuisce temps-là, pour rechercher des traces du progrès des nouveauxhabitants.

A ces amusements, j’en joignois un qui me rappeloit la doucevie des Charmettes, et auquel la saison m’invitoit particulière-ment. C’étoit un détail de soins rustiques pour la récolte des légu-mes et des fruits, et que nous nous faisions un plaisir, Thérèse etmoi, de partager avec la receveuse et sa famille. Je me souviens1 . 27