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LES CONFESSIONS.
coûté que six mois d’une vie active, au milieu des hommes et desaffaires, et certain d’y mal réussir.
Je m’avisai d’un expédient qui me parut propre à tout concilier.Poursuivi dans tous mes refuges par les menées souterraines demes secrets persécuteurs, et ne voyant plus que la Corse où jepusse espérer pour mes vieux jours le repos qu’ils ne vonloientme laisser nulle part, je résolus de m’y rendre, avec les direc-tions de Buttafuoco, aussitôt que j’en aurois la possibilité; maispour y vivre tranquille, de renoncer, du moins en apparence, autravail de la législation, et de me borner, pour payer en quelquesorte à mes hôtes leur hospitalité, à écrire sur les lieux leur his-toire, sauf à prendre sans bruit les instructions nécessaires pourleur devenir plus utile (a), si je voyois jour à y réussir. En com-mençant ainsi par ne m’engager à rien, j’espérois être en état deméditer en secret et plus à mon aise un plan qui pût leur conve-nir, et cela sans renoncer beaucoup à ma chère solitude, ni mesoumettre à un genre de vie qui m’étoit insupportable, et dont jen’avois pas le talent.
Mais ce voyage, dans ma situation, n’étoit pas une chose aiséeà exécuter. A la manière dont M. Dastier m’avoit parlé de laCorse, je n’y devois trouver, des plus simples commodités de lavie, que celles que j’y porterois : linge, habits, vaisselle, batteriede cuisine, papier, livres, il falloit tout porter avec soi. Pour m’ytransplanter avec ma gouvernante, il falloit franchir les Alpes, etdans un trajet de deux cents lieues traîner à ma suite tout un ba-gage ; il falloit passer à travers les états de plusieurs souverains ;et, sur le ton donné par toute l’Europe, je devois naturellementm’attendre, après mes malheurs , à trouver partout des ob-stacles. et à voir chacun se faire un honneur de m’accabler dequelque nouvelle disgrâce , et violer avec moi tous les droits desgens et de l'humanité. Les frais immenses, les fatigues, les ris-ques d'un pareil voyage m’obligeoient d’en prévoir d’avance etd’en bien peser toutes les difficultés. L’idée de me trouver enfinseul, sans ressource à mon âge, et loin de toutes mes connois-sances, à la merci de ce peuple barbare et féroce (b), tel que mele peignoit M. Dastier, étoit bien propre à me faire rêver sur unepareille résolution avant de l’exécuter. Je desirois passionnément
(fl) Var. ... plus uüle, après le départ des troupes françaises , si...(&)Var. ... ce peuple féroce et demUsauvage, tel que...