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Tome premier.
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610 APPENDICE

qu'il cherchoit, l’auteur d'Émile, avec toutes les apparences d'unproscrit qui cherche un asile, devoit n’éprouver, à vrai dire, que l’em-barras du choix. D’un côté, milord maréchal étoit prêt à le recevoir àBerlin ; de l'autre, Hume s’offroit à le conduire en Angleterre. N 'ayantpris encore aucune décision, il arrive à Strasbourg dans les premiersjours de novembre, et là encore il trouve un commis de Rev envoyétout exprès par ce libraire, et qui lui propose une retraite sûre à Ams-terdam. S’étant enfin décidé pour l’Angleterre, il attend à Strasbourgqu'un passeport lui soit envoyé pour traverser la France; et pendantson séjour en cette ville, où sa sûreté lui étoit garantie autant qu'elleauroit pu l'être partout ailleurs , il put se convaincre des bonnes dis-positions des François à son égard. Partout un accueil obligeant etempressé, même des hommages publics aussi touchants qu'aimablesdans leur sincère et universelle expression, étoient bien propres à di-later son ame et lui faire oublier ses malheurs (*). Bientôt muni d’unpasse-port, dont il paroît même qu’il n’auroit pas eu besoin pour sasûreté personnelle, il quitte Strasbourg, arrive à Paris le 16 décembre,et se loge d’abord chez la veuve Duchesne, libraire; mais le prince deConti témoigne le désir de l’avoir pour hôte; il cède aux instances duprince, et accepte dans l’enclos du Temple, à l’hôtel de Saint-Simon,un logement, où un concours empressé d’amis et d’admirateurs, s’ille fatiguoit quelquefois, devoit au moins lui bien confirmer que l’opi-nion publique ne lui étoit pas moins favorable à Paris qu’à Stras-bourg (**). Le prince lui offroit un asile dans un de ses châteaux, et eût

(*) Voici l’anecdote qoe nous trouvons à ce sujet dans une Vie de. Rousseau (1789,in 8°), publiée par M. le comte de Barrcel-Beauvert. Cet ouvrage en offre plusieursdu même genre, qui n’ont aucun droit à la confiance. Mais celle-ci étant à peu prèsconfirmée par un passage d’une lettre de Rousseau à DuPeyrou, du 17 novembre,on peut y ajouttr foi. « Le Devin du village, dit M. de B.-B., lui va’ut lins hommage bien flatteur à Strasbourg.... La salle étoit remplie; Rousseau y étoit

* incognito, et s’y croyoit ignoré.... Au moment où l’on baissoit la toile, tous les« spectateurs se mirent à crier, L" auteur, l'auteur! L’auteur ne se mont roi t point,t elles crisredoubloient. l.edirec’eur vint représenter à Rousseau qu’on s’obstiuoit« à ne point sortir, et qu’il alloit être obligé de refaire illuminer la salle. Rousseau,« ayant resté plus d'une heure après la fin de la pièce, fait ses efforts, fend la presse,« veut s'esquiver ; mais on sort en foule de tous côtés, oïl court après lui, remplissant« l'air d'acclamations de joie- On l'entoure; officiers, soldats, nobles, robins, abbés,

* bourgeois, artisans, laquais, c’est à qui aura l'honneur de le porter glorieusement«en triomphe, eide le conduire à son logem nt. « — Parla lettre qu'on vient de ci-« ter, il demandait qu’on lui envoyât Pygmalion et l'Engagement téméraire, dansl'intention où il étoit de les faire jouer à Strasbourg, et de répondre ainsi aux hon-nêtetés du directeur. 11 ne paroît pas que ce projet ait eu de suite.

('*, Le prince envoyoit ses musiciens jouer sous ses fenêtres; il l'avoit logé et le fai-soit servir avec magnificence. Aussi Rousseau écrivoit il à Du Peyroii : « Comme San-« cho dans son de, je suis en représentation toute la journée ; j ’ai du inonde de tous« étals depuis l'instant oii je me lève jusqu'à celui où je me couche, et je suis forcé de« m'habiller en public.... Le prince sait bien que cette magnificence n'est pas de mon« goût ; mais je comprends que, dans la circonstance, il a voulu donner en cela nu