AUX CONFESSIONS. ( 1766.) G-tt
voulu pourvoir à sa subsistance, si Rousseau eût été homme à y con-sentir. Enfin, pressé de quitter ce théâtre public, il part avec Humeet un autre ami (*) le 4 janvier 1766; quelques jours après il arrive àLondres, et sa gouvernante, qu’il avoit laissée en Suisse, ne tarda pasà l’y venir retrouver.
(1766.) Pendant son séjour à Londres, où son objet et son occupa-tion principale étoient de choisir hors de celte ville un lieu d’habitationqui lui convint, le prince de Galles le vient voir. D’ailleurs, même ac-cueil qu’à Paris, mêmes hommages de toute part. Après beaucoupd’essais et d'hésitation sur le choix d’une habitation à la campagne, ilse décide (19 mars) pour Wootton dans le comté de Derby, à cinquantelieues de Londres, où un riche Anglois ( M. Davenport) lui offre unemaison qu’il n’habiloil pas lui-même, et dont il consent à recevoir unloyer, puisque cette condition pouvoit seule rendre l’offre acceptable.
Voilà donc notre philosophe fixé enfin et établi à sa pleine satisfac-tion, et conséquemment à celle de Ilume, que Rousseau remercie af-fectueusement, et qu’il continue d’appeler son cher patron. Cependantun pressentiment secret semble avertir ce patron de l’orage qui le me-nace , comme l’indique une lettre écrite par lui à cette époque, et quenous avons cru devoir reproduire avec celles de Rousseau du mêmetemps. Il s’y exprime en ces termes sur cet établissement de son amià Wootton : « S'il est possible qu’un homme peut vivre sans occupa-« tion , sans livres, sans société et sans sommeil, il ne quittera pas ce« lieu sauvage.... Mais je crains la foiblesse et l’inquiétude nature le àh tout homme, et surtout à un homme de son caractère. Je ne serois« pas surpris qu’il quittât bientôt cette retraite... Sa santé est plutôtu robuste qu’infirme, à moins que vous ne vouliez compter les accès de« mélancolie et de spleen auxquels il est sujet. C’est grand dommage ;ci il est fort aimable dans ses manières, il est d’un cœur honnête etn sensible ; mais ces accès l’éloignent de la société, le remplissent d’hu-ii meur, et donnent quelquefois à sa conduite un air de bizarrerie et de« violence, qualités qui ne lui sont pas naturelles. »
Comment Hume, peu de temps après, en butte aux outrages d’unami reconnu par lui-même attaqué du spleen, n’a-t-il pas eu le bon es-prit de les rapporter à leur véritable cause ? Si bientôt cet ami, déjà sià plaindre, ne montra que trop dans sa conduite envers lui celte bizar-rerie et cette violence qu’il avoit si bien remarquées ne lui être pasnaturelles, devoit-il éprouver autre chose que les mouvements d’unegénéreuse pitié? Au lieu d’agir sur ce principe, qu’a fait Hume ? Endonnant aux accès d’un homme malade les noires couleurs de la mé-chanceté et d’une ingratitude réfléchie, surtout en mettant le public
« témoignage public de l'estime dont il m’honore » (Lettres des 24 décembre 1763 etl" janvier 1766.)
C) M. de Luze, négociant de Neuchâtel.
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