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Tome premier.
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APPENDICE

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dans la confidence de cefte (ciste et scandaleuse querella, il s'est désho-noré lui-même, et n’a fait autre chose qu’amuser les oisifs aux dépensde deux hommes célèbres, dont les écarts et les foiblesses en ce genresont toujours avidement saisis par l’envie et la médiocrité.

Les lecteurs ne s’attendent pas sans doute à trouver ici de longs dé-tails sur les causes et les circonstances de leur rupture. Ceux d’entreeux qui auront la patience de lire les lettres de Rousseau à ce sujetauront par cela seul suffisamment de quoi l’exercer, et, dès les pre-mières lettres, auront acquis la preuve qu’il s’étoit créé des fantômespour se tourmenter lui-même (*). En deux mots, voici quelle en fut l’oc-casion.

A l’arrivée de Rousseau , les journaux anglois annoncèrent avec fra-cas cette nouvelle, et ne parlèrent d’abord de lui que dans les termes lesplus honorables; mais bientôt la malignité, qui ne perd jamais ses droits,en Angleterre pas plus qu’ailieurs, eut son tour. Quinze jours s’étoientà peine écoulés, qu’on lut dans une f euille publique une prétendue lettredu roi de Prusse, que ce souverain étoit supposé lui avoir écrite aumoment où il quittoit la Suisse , et dont l’auteur étoit cet Horace Wal-pole, si connu alors par ses liaisons avec madame du Deffant, et dontla correspondance a dernièrement été publiée. Celte lettre fabriquée àParis, et qui circuloil dans les sociétés dans le temps même où Rous-seau y étoit encore avec Hume, mais à l'insa de l’un et de l’autre I**),mérite de trouver place ici.

<■ Mon cher Jean-Jacques , vous avez renoncé à Genève votre patrie.« Vous vous êtes fait chasser de la Suisse, pays tant vanté dans vosa écrits; la France vous a décrété : venez donc chez moi. J’admire vos« talents; je m’amuse de vos Rêveries, qui (soit dit en pas-ant) vous« occupent trop et trop long-temps. Il faut à la fin être sage et heureux;« vous avez fait assez parler de vous par des singularités peu convena-n blés à un véritable grand homme : démontrez à vos ennemis que vous« pouvez avoir quelquefois le sens commun, cela les fâchera sans vous

(’) Il en a presque fait l'aveu à Bernardin de Saint-Pierre. Celui-ci nous apprendque Rousseau lui dit un jour : < J'ai mis un peu trop d'humeur dans mes querelles« avec M. Hume. Mais le climat sombre de l’Angleterre, la situation de ma foi tune,« et les persécutions que je ven is d'essuyer, tout me jetoit dans la mélancolie. »(Préambule de t Arcadie, note 8.)

(") Lor.-qu'il écrivoit cet appendice en 1819, 51. Pelitain ignoroit l'existence deslettres de Hume, publiées à Londres en 182 ), et qui n'ont été connues que plus tarden France, par l’analyse qu’en a donnée M. Musset-Pathay dans son histoire de Rous-seau. Ces lettres tout voir que non seulement Hume connoissoit la prétendue lettredu roi de Prusse, mais enco e qu’il avoit contribué à sa composition. Se trouvant unjour à la table du loril Ossory, où chacun plaisantoit sur le caractère ombrageux deRousseau, il ne put résister au désir de dire un bon mot, et fournit ainsi à Walpole ledernier paragraphe de si k-ttre. Quoi qu’il en soit des motifs de cette rupture, ii ré-sulte aujourd hui de toutf s les pièces publiées sur cette grande querelle que les tortsdes deux amis furent au moins téciproques.