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Tome premier.
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AUX CONFESSIONS. ( 1 766. ) 643

« faire tort. Mes états vous offrent une retraite paisible : je vous veux« du bien, et je vous en ferai si vous le trouvez bon ; mais si vous vous« ob.-linez à rejeter mon secours, attendez-vous que je ne le dirai à« personne. Si vous persistez à vous creuser l’esprit pour trouver de« nouveaux' malheurs, clioisissez-les tels que vous voudrez ; je suis roi,« je puis vous en procurer au gré de vos souhaits, et, ce qui sûrement« ne vous arrivera pas vis-à-vis de vos ennemis, je cesserai de vous* persécuter quand vous cesserez de mettre voire gloire à l’être.

« Yolre bon ami Frédéric. »

La plaisanterieétoit poignante, même odieuse et déplacée, et dansson auteur et dans la circonstance. Ce que Rousseau avoit de mieux àfaire étoit de garder le silence , en mettant à profit pour lui-même cequ’il y avoit de juste et de mérité dans cette dure leçon. Loin de pren-dre ce sage parti, non seulement il écrit au journaliste, et fixe ainsil’attention publique sur cette lettre qu’on eût bientôt oubliée, mais en-core attribuant cette même lettre à d’Aleinbert qu’il savoit être lié avecHume , puis joignant à celte circonstance mille petits faits et incidentsque son imagination effarouchée combine et amplifie de manière àtrouver dans leur ensemble tous les caractères d’un complot, d’unetrahison profondément méditée, il arrive à cette absurde conclusion,que David Hume, agent fidèle des ennemis de sa personne et de sagloire, l’a amené en Angleterre tout exprès pour l’y déshonorer. 11écrit dans ce sens à tous ses amis ; il refuse, ou du moins ajourne l’ac-ceptation d’une pension de cent livres sterling qu’à la demande de Ilumele roi d’Angleterre lui avoit accordée; enfin ne fait bruit que de l’af-freux complot dont il est victime, et, dans une lettre de quarante pa-ges, en trace le tableau à lluuielui-même, qui d’abord, étourdi d’unpareil coup , n’avoit rien eu de plus pressé que de demander une expli-cation. Si l’on n’est pas fondé à supposer que précédemment Humeavoit mis un peu de faste dans l’exercice de son patronage, si peut-être il n’a pas aussi lui-même fortifié les soupçons de Rousseau en semontrant trop foible à le défendre contre les invectives et les sarcas-mes de ses ennemis déclarés, avec lesquels il étoit d’ailleurs en liaisonint me, ici au moins commencent ses torts réels. Il publie, sous le li-tre à'Reposé succinct, l’iiislorique de sa liaison avec Rousseau, et yinsère tomes les lettres de ce dernier, avec des notes apologétiques pro-pres à rejeter sur lui tout l’odieux de cette rupture (*). Suard prêtoit saplume à l’historien écossais en cette occasion, et un tel interprète n’é-

(*) Home dit (lias son Exposé que cette étrange affaire contient plus d'incidentsextraordinaires qu'aucune autre aventure de sa vie. Cependant il est très remarqua-ble que dans la Vie de Hume écrite par lui mêm", et que Suard a traduite en l'ran-çois (Paris, in-12, 1777), il n'est fait aucune mention de son démêlé avec Rousseau, etque le nom de ce dernier n’y est pas même prononcé. Hume aura pensé sans douteque cet e affaire avoit tait tort à !ous tes deux, et qu'il n'étoit pas de son intérêt d'enrappeler 1 1 mémoire.