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Tome premier.
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658 APPENDICE

milieu des productions les plus remarquables de son auteur, que lamaladie mentale dont il éloit affecté depuis près de dix ans n’avoit pasporté la moindre atteinte à ses facultés intellectuelles et morales. Nousaurons occasion bientôt de revenir sur celte observation.

On ne peut rien dire de précis sur l’emploi de son temps et sur lesparticularités de sa vie dans le cours des trois années qui suivirent lacomposition de l’ouvrage dont on vient de parler. Sa Correspondancene donne à cet éïard aucune lumière, puisqu’il y existe, d'août 1772 àmai t776, une lacune de près de quatre ans, pendant lesquels il pa-roit certain qu’il n’a écrit d’autres lettres que, celles qui sont purementrelatives à la botanique. Le petit nombre même de lettres qui se rap-portent à un temps postérieur étant de celles qu’on écrit comme forcépar la circonstance qui les dicte, prouveroit d’autant mieux que, dèsîe milieu de 1772, il resta fidèle à la résolution qu’il avoit prise, et po-sitivement énoncée dans une lettre à milord Harcourt, du 16 juin,de ne plus entretenir de correspondance et de n'écrire que pour l'absoluenécessité. Bien plus : une lettre du mois d’août suivant, la dernièrequ’on puisse considérer comme écrite proprio motu, annonce une ré-solution plus rigoureuse encore (*), et que tout assure avoir été tenueavec non moins de persévérance. Dès ce moment notre malheureuxphilosophe ne fut que trop bien fondé à dire ce qui fait le début deson dernier ouvrage, quoique composé cinq ans après : Me voici doncseul sxir la terre Ce fut là aussi le tombeau de sa raison : il ne pou-voit se mettre en effet dans une position plus propre à la lui faire per-dre totalement, et à en transmettre à la postérité la triste preuve dansles trois longs dialogues dont se compose le Rousseau juge de Jean-Jac-ques, et dans les Rêveries du Promeneur solitaire. Mais quels regretsne fait pas naître non seulement l'art de peindre et le talent d’écrire quibrillent encore dans ces deux productions, mais même la force de rai-sonnement et la vigueur de tête que signalent indubitablement denombreux morceaux dans l’une et dans l’autre, notamment, dans laseconde, la dissertation sur le mensonge, et le tab'eau de ses règles deconduite et de foi, objets de la troisième et de la quatrième promenade !Le contraste entre ces morceaux admirables sons tous les rapports ettoutes les idées et suppositions absurdes (pii servent de fondement àtout le reste, est si choquant, paroit même si étrange, si peu naturel,qu'on se surprend plus d’une fois (ne craignons pas de le dire) à dou-ter cle la bonne foi de l’écrivain dans ses éternelles doléances sur levaste et ténébreux complot dont il se dit l’objet et la victime, et quisemble n’avoir pu exister sérieusement, même dans son imagination.Car enfin, quelque isolé qu’il pût vivre au cœur de Paris (et l’on verra

(*) e A moins d’affaires, je n’irai pins cln z personne ; mes visites sont un honneur< que je ne dois plus à qui que ce soit désormais. » Lettre à madame ***, 44 août4772.