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Tome premier.
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AUX CONFESSIONS. ( 1771-1778.) 659

bientôt qu’il avoit conservé, même dans ces derniers temps, d’asseznombreuses relalions), des faits publics, et qu'il ne pouvoit ignorer,suffîsoient pour assurer sa tranquillité et dissiper ses chimériques ter-reurs. D'abord le duc de Choiseul, son grand épouvantail, celui que,dans sa longue lettre à M. de Saint-Germain, il représente comme con-sacrant à l'œuvre de sa diffamation tous les moyens dont un ministrepeut disposer, tellement, dit-il, que s'il eût employé a bien gouvernerl'étut la moitié du temps, des talents, de l’argent et des soins qu’il amis à satisfaire sa haine, il eût été un des plus grands ministres qu’aiteus la France, le duc de Choiseul fut disgracié et exilé le 24 décem-bre 1770. C’étoit donc déjà un grand motif pour espérer au moins, etpour renaître en quelque sorte à la vie : cependant ses plaintes semblentdevenir toujours plus amères, et il n’est fait aucune mention de cetimportant événement ni dans sa Correspondance, ni dans ses écrits.Mais il y a plus : lorsqu’en février 1776, ayant terminé ses Dialogues,il prit la singulière résolution d’en déposer le manuscrit sur le maître-autel de Notre-Dame, espérant que le bniit de cette action ferait par-venir ce manuscrit jusqu’au roi, ce qui ètoit tout ce eju’il avoit à dési-rer de plus favorable, ignoroit-il qu'à cette époque Turgot, Maleslierbeset le comte de Saint-Germain, parent sans doute de celui avec le-quel il s’étoitliéà Bourgoin (car il faut se jrarder de les confondre) O,étoienl depuis six mois ministres de Louis XVI? ou bien les croyoit-iltous trois du complot? Observons qu’il n’y avoit pas très long-tempsqu’il avoit cessé de correspondre avec Maleslierbes, puisque, dans seslettres relatives à la botanique, on en voit une écrite à ce dernier sousla date du 19 décembre 1771. Il y auroit donc quelque fondement àvoir une pure affectation dans tous ces actes apparents de folie dou-loureuse et hypocondriaque, si, indépendamment du respect qu’il in-spire dans cet état déplorable, la permanence de ces actes et le carac-tère soutenu de celte hypocondrie n’en garanli soient pas la réalité, etsi, dans la supposition contraire, les conséquences n’en éloient pas tropinjurieuses à sa mémoire pour qu'il soit permis de s’y arrêter.

C’est dans le fort de ces tristes accès qu’un dernier et brillant suc-cès littéraire lui étoil encore destiné. Pygmalion fut représenté le 50octobre 1775. fut accueiili avec transport, applaudi et suivi presqueautant que le Devin du village. S’il faut en croire ce que dit à ce sujetl’un de ses éditeurs, M. Brizard, édition de Poinçot, tome XVIII),Rousseau s’est toujours refusé à voir son Pygmalion, et à jouir de cenouveau succès. Il n’en a d t lui-même qu'un mot dans sun troisièmeDialogue, et c'est pour nous apprendre que la mise en scène de cet

(’) M. de Saint-Germain, qui figure dans la Correspondance de 1768 à 1772, étoit,comme nous l'avons d t, un chevalier de .Siint-Lnh retiré du service, et habioit laville de Bourgoin. Dans ce même temps le célèbre comte de S .inl-Germain étoit auservice du roi de Danemark, et ne revint dans sa pairie que vers 1773.