APPENDICE
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ouvrage eut lieu malgré lui, et tout exprès pour lui nuire... Pauvre hu-manité/ Il est de fait qu'il donna son consentement à cette mise enscène, et qu’il le donna même de très bonne grâce. Voici ce qu’à cesujet a bien voulu nous écrire M. Larive, qui joua Pygmalion à cetteépoque : « Le souvenir de mes succès en province dans crtte scène me« fit desirer de la jouer à Paris : comme je ne le pouvois pas sans le« consentement de l’auteur, je me présentai chez iui entre sept et huit« heures du soir. Sa porte étant fermée, je frappai deux fois, et la der-« nière un peu plus fort. J’entendis une voix qui demanda qui éloitii là ; je répondis que c’étoit une personne qui desiroit avoir l’honneurh de voir M. Rousseau pour une affaire qui ne lui serait peut-être pas« désagréable. lime répondit (car c’étoit lui-même) qu’il n’y avait pasii d’affaires agréables pour lui à huit heures du soir. Cette réponse,
« quine me parut point favorable, m’intimida, et jeme retirai. Lelende-« main matin je rendis compte à mes camarades de mon peu de succès.
« IN’osant pas retourner chez Rousseau, je priai Gourville d’aller chez« lui de la part de la Comédie Françoise. Nous attendîmes son retour ;
« il revint nous annoncer que Rousseau lui avoit dit qu’il ne s'oppo-n soit pas à la représentation de sa pièce, et qu’il auroit ouvert sa porte« la veille, s’il avoit su qu’on venoit de la part de la Comedie-Fran-« eoise. Transporté de joie à cette bonne nouvelle, etc. »
Ce qu’il importe d’observer relativement à cet ouvrage si neuf dansson genre, sans modèle sur aucun théâtre, et qu'aucun auteur drama-tique n'a été depuis assez hardi pour imiter, c’est qu’il offre sur notrescène le premier exemple d’une déclamation dont les repos sont rem-plis par la musique (*). L’usage en a été introduit depuis dans ce qu’onappelle actuellement mélodrame. Sous ce rapport, Rousseau peut duneêtre considéré comme l’inventeur de ce genre nouveau, circonstancedont ceux qui le critiquent le plus, comme ceux qui le cultivent, sontpeut-être loin de se douter.
Depuis le décret fatal qui lui avoit fait quitter la France en 1762,jusqu’à son retour à Paris en 1770, sa vie, toujours errante ou agitée,ne lui avoit guère permis de se livrer à son goût pour la musique ; ilavoit eu du moins peu d’occasions d’en composer de nouvelle. Quel-ques trio faits et laissés en Angleterre, et dont on le voit quelquefoisregretter beaucoup la perte, et deux morceaux de musique sacrée dontil sera fait mention en leur lieu, sont les seules productions de ce genrequi se rapportent à cet intervalle de sa vie. Mais de retour à Paris, il luiprit, dit Corancez, une fièvre de composition musicale dont les effets seprolongèrent assez long temps, et qui prouveraient, au moins pendantsa durée, le calme et le contentement de son esprit. Il en résulta nonseulement un nombre considérable de romances et de morceaux déla-
C) Cette musique n'est point de Rousseau; nous en dirons quelque chose en sonlieu.