AUX CONFESSIONS. (1771-1778.) 661
chés, mais même le premier acte et quelques autres parties d’un opéra(D aphnis et Chloè), dont il avoit comme contraint Corancez de lui faireles paroles, et dont, heureusement peut-être pour l’un et pour l’autre, leprojet n’eut pas de suite. Rousseau lit plus encore, il entreprit de faireune seconde musique sur les parolesdu Devin du village, tentative har-die, et que le succès n’a pas justifiée. lien fera parlé plus en détail dansles notes relatives à cette partie de ses œuvres. Mais dès à présent nousne devons pas laisser ignorer au lecteur que toute cette musique,dont les manuscrits ont été déposés à la Bibliothèque royale, ayant étégravée après la mort de son auteur, la partie la plus intéressante (lerecueil des romances) fut vendue au profit de l'hôpital des Enfants-Trouvés. Parsuiled’unarrangemenlfaitavecla veuve, un ami de Rous-seau (M. Benoît) conçut l’idée de cette bonne œuvre pour l’honneur de samémoire, et, malgrébeaucoupd’obstacleset de contrariétés imprévues,la mita fin avec une louable persévérance.—Nous avons été curieux desavoir quel avoit été pour l’hôpital l’effet de cette disposition, et M. lebaron Delessert, membre de l'administration actuelle des hospices,nous a donné pour faire cette recherche toutes les facilités désirables.Or, il est résulté de deux comptes rendus aux administrateurs parM. Benoit, les 5 décembre 1781 et 5 mars 1785, et déposés aux archi-ves de l’administration, un excédant de recette au profit de l’hôpitalde la somme de trois mille soixante-dix livres six sous se).t deniers.Cet excédant eût été d’une somme bien plus forte, si, par l'effet d’unprocès que l’éditeur eut à soutenir contre celui qui s’étoit chargé de lagravure et de la vente, et dont les frais restèrent à la charge de l'entre-prise, elle n’eut pas éprouvé des retards et des non-valeurs qui rédui-sirent beaucoup le bénéfice net. En mettant ce résultat sous les yeuxdes lecteurs, nous sommes bien loin de vouloir le faire considérercomme la réparation d’une grande faute, mais comme un moyen telquel d’atténuation qu’il est toujours permis de faire valoir.
Pendant les deux dernières années de sa vie, Rousseau ne s’occupapresque que de musique et de botanique, et la dernière de ces sciencesfinit même par exclure l’autre. « En 1777, ditM. Prévost de Genève,« qui le voyoit souvent à celte époque, l'été, il sortoit malin et soir<i pour herboriser. Quand il ne sortoit pas, il s’occupoit à composer« son herbier. Jamais botaniste n’a poussé plus loin la délicatesse et la« propreté dans l’arrangement des plantes sur le papier. Sa diligence« à ce travail n’éloit pas moins remarquable. Le dernier été de sa vie,
. « il composa six cahiers de plantes, chacun de l’épaisseur d’un vo-« lume in-4° ordinaire... Son Moussier, de format in-12, étoit un pe-« tit chef-d'œuvre d’élégance.
« Il disoit que son esprit se plaisoit à l’ordre, que c’étoil la cause« des soins minutieux que je lui voyois prendre, et qu’il aimoit à enj « faire son occupation habituelle. C'est par cette raiscn qu’il soutenoit