AUX CONFESSIONS. ( 1771-1778.) C6S
rédigé dans un esprit tout différent, c’est celui de Dusaulx (*), ouvragequi mérita à son auteur des reproches d’autant plus justes, que son ca-ractère, honorablement connu, donnoit à ses décisions sur le compte del’homme illustre et malheureux dont il se faisoit l'accusateur, une au-torité qu’elles n'eussent pas eue de la part de tout autre. Dusaulx, àpeu près dans la même position que Ilume, eut absolument les mêmestorts que lui, avec celte circonstance qui les aggrave, que ses accusa-tions, portées vingt ans après la mort de celui qui en étoit l’objet, n’a-voient aucun motif réel qui les justifiât. Nous n’en dirons pas davantageni sur Dusaulx ni sur son écrit, parcequ’indcpendamment de celui deCorancez rédigé tout exprès pour lui servir de correctif, les lettres deRousseau à Dusaulx font partie de sa Correspondance, et que nous yavons joint quelques notes propres à déterminer lejugement du lecteursur leur conduite respective. Enfin Bernardin de Saint Pierre, qui con-nut aussi Rousseau, et se lia avec lui au temps dont nous parlons, aconsigné d’abord dans le préambule de son Arcadie, et postérieurementdans Ull Essai sur J .-J. Rousseau faisant partie de la collection de sesOEuvres dernièrement publiée, les traits les plus intéressants de cetteliaison, qui ne dura guère, ayant été brusquement interrompue parlefait de madame Rousseau, plus que jamais fidèle à son système d'écarterde lui tous ses amis. Nous avons su de bonne part cette circonstance,dont Bernardin de Saint-Pierre a eu la discrétion de ne point parler (**).
Les trois écrits qui viennent d’être indiqués ne nous laissent d’autresoin que d’en présenter en quelque sorte le résultat général, eu y joi-gnant quelques particularités plus ou moins intéressantes dont la plu-part nous seront fournies par Dusaulx lui-même. Dusaulx étoit inca-pable d’altérer les faits dans ce qu i) a rapporté comme témoin oculaire;si son orgueil humilié l’a rendu injuste, son ame honnête et délicate sefait remarquer dans tout ce qu’il dit à l’avantage de celui qu’il accuse,au point de fournir lui-même, sans s’en apercevoir, les meilleurespreuves à donner de l’injustice de ses accusation*.
Rousseau, à son retour à Paris, s’étoit logé d’abord en hôtel garni.Son travail de copiste lui fournit trois mois après le moyen d’acheterquelques meubles, et de louer, rue Plâtrière, un réduit au cinquièmeétage, qu’il jugea être habitable pour lui et sa femme en y mettant desplanches. Tous deux l’ont en effet constamment habité depuis, jus-qu’au départ pour Ermenonville.
C’est dans ce réduit que Dusaulx dit avoir vu souvent arriver desfemmes de la cour suivies de jolis messieurs satipoudrés d'ambre, et
(*) De mes rapports avec J.~J. Rousseau, in-8°. Paris, 1798.
(“) Dusaulx nous apprend que Rousseau lui-même, complètement dupe de cettefemme, l'appeloit son ce> hère; fonction tout-à-fait digne d’elle et qui entroit tropbien dans ses vues pour quelle ne s’en acquittât pas d’une manière aussi funeste po*urson mari qu’utile pour elle-même.