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Tome premier.
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664 APPENDICE

qui sifflaient en parlant. Ducis, Chabanon, Deleyre, Dupont de Ne-mours, Bernardin de Saint-Pierre, et beaucoup d’autres gens de lettres,y étoient admis quelquefois. Rulhières y avoit usurpé les grandes en-trées; enfin Dusaulx, dans les premiers temps de leur liaison, et sur lademande de Rousseau lui-même, s’y rendoit 'tous les soirs (*). Lui-même acceptoit des invitations à dîner; et ses Confessions, qu’il lutpour la première fols chez le marquis de Pezay (**), pour la secondechez Dorât, durent en faire pendant quelque temps presque un hommeà la mode. Cette mode étoit, comme.toute autre, de nature à passerassez vile, si Rousseau eût été homme à se prodiguer sur ce point;mais il se garda d’en agir ainsi, et Dusaulx ne peut guère en être cru,quand il dit que la grande sensation produite par la première lecturedes Confessions alla en diminuant à mesure que plusieurs autres lec-tures se succédèrent ; car il ne paroît pas qu’il y en ait eu plus de troisou quatre au plus, et toujours dans un cercle peu nombreux d'audi-teurs.

Dusaulx le conduisit un jour chez Piron. Le compte qu’il rend decette visite présente des circonstances si originales et en même tempssi caractéristiques pour le philosophe comme pour le poêle, que leslecteurs le verront sans doute avec plaisir reproduit ici dans son entier.

o C’étoit précisément la fête d’Alexis Piron. Dès le point du jour,les vers, les fleurs,avoient commencé à pleuvoir chez lui.... Il faisoitce jour-là les délices d’un cercle de personnes choisies , et qui malgrélui l’avoient couronné de roses, de myrtes et de lauriers. Je crois levoir et l'entendre : c’étoit Anacréon, c'étoit encore Pindare.

« Piron, qui s’abandonnoit alors au sein de l’amitié à des transportscharmants, ne pouvoit savoir que nous fussions si près de lui, parce-qu’il avoit la vue très courte. Mon oncle , s’écria sa nièce hors d’haleine,le voilà. — Qui donc ? est-ce Jean-Jacques ? — Oui, c’est monsieurRousseau, c’est lui-même. A ces mots, qui le font bondir sur sonsiège, il cherche en tâtonnant la main de Jean-Jacques, la saisit, en-tr’ouvre sa robe de chambre , la glisse sur son cœur, et, d’une voix destentor, entame le A'ttitc dimittis servum lunm , Domine. Retenanttoujours dans la même place sur son cœur palpitant la main de celuiqu’ii estimoit être le plus éloquent de son siècle : Je ne mourrai doncpas, mon cher Rousseau, sans que mes vœux soient exaucés. Le voilà,m’a dit Nannette; j’ai pressenti que c’étoit vous. Puis ii l'embrasse,puis il l’étreint de toutes ses forces. Je regardois Rousseau : quel con-

(*) Il paroît que Duetos, qui cependant avoit été si hautement placé dans son es-time, et qui mourut en 1772, ne le voyoit pas. Mais iis s'écrivoient, et c'est avec linbillet de Duclos que Dusaulx se présenta chez lui pour la première fois.

(**) Cette première lecture, à laquelle Dusaulx assista, dura, dit-il, dix-sept heures,interrompue seulement par deux repas fort courts; et la voix de Rousseau ne foi-blit pas un seul instant.