AUX CONFESSIONS. (1778.) 667
main se rapporte au temps où la situation de l'auteur d’Émile étoitplus précaire et ses ressources plus bornées II n etoit pas besoin d'ail-leurs de ce témoignage. Partout ou il a habité, il a laissé de sa bien-faisance des souvenirs qui ont subsisté long-temps encore après lui, eten plus d'un écrit on en a rapporté de nombreux exemples. Un desplus remarquables est sans doute celui-ci : Rousseau n'eut pas plu-tôt accepté, en mars 1767, la pension du roi d’Angleterre, qu’il songeaà en faire profiter une tante qui l’avoit soigné dans son enfance. Il luien assura une de iOU livres, à partir du commencement de 1767 ; etquoique dès l’année suivante il eût volontairement cessé de recevoir lasienne , celle de sa tante n’en fut pas moins régulièrement acquittée.Il lui écrivit en 1770 tout exprès pour lui en assurer en tout événe-ment la continuation , et une de ses lettres à madame Delessert (*) té-moigne qu’en 1773 il satisfaisoit encore religieusement au devoir qu’àcet égard il s’< toit imposé.
(1778.) Mais c’est assez avoir retenu les lecteurs sur ces huit annéesqu'embrasse le dernier séjour de Rousseau à Paris *| ; il est temps deles ramener à Ermenonville, où quarante-deux jours d’existence réser-vés encore à l’infortuné semblent n’avoir été ajoutés à sa carrière quepour l’offrir à la postérité sous un aspect doublement affligeant.
D’abord sa santé, qui ne paroissoit nullement altérée, et ses facultésmorales, encore dans toute leur vigueur,éloient loin de faire présagersa fin prochaine. Pour peu que sa tête et son imagination se fussentcalmées dans la belle retraite que 1 hospitalité la plus généreuse et laplus aimable lui assuroit, on pouvoit espérer que des productions nou-velles, en harmonie avec une situation si douce et un si beau lieu , ajou-teroient à sa gloire et assureroieut au monde littéraire de nouvellesjouissances. N eût-il même rien écrit, il auroit goûté quelques annéesde paix et de bonheur. Espérances trompeuses ! la mort a tout en-glouti.
En second lieu , comme s’il eût été destiné à être jusqu’au derniermoment victime de la calomnie ou d’un jugemeut précipité, un soup-çon aussi injuste qu’extraordinaire plane encore aujourd’hui sur samémoire , et flétrit ce dernier moment d’une accusation de suicide.
Avant d’entrer dans cet examen, un fait très remarquable, personnel
(■) Voyez dans les Lettres élémentaires la lettre VII, sur les arbres fruitiers.
(**) Les lecteurs jaloux de connoîlre toutes les anecdotes et particularités qui se rap-portent à cet intervalle rie sa vie pourront, indépendamment des ouvrages de Co-rancez, de Dusuulx et de Bernardin de Saint-Pierre, précédemment cités, recouriraux ouvrages suivants :
Souvenirs rie Fétide, par madame de Genlis. tome I. p. 290.
Lettres et Pensées du prince de Ligne , publiées par madame de Staël, in-8%p. 316;
Essai sur la musique, par Grétry, tom. Il, p. 203 ;
Mémoires de Goldoni, troisième partie, ehap. xvi et xvu.