APPENDICE
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elle étoit alors imbue, et qu’elle s’est depuis noblement reprochée(*).
Neuf ans encore après l’écrit de madame de Slaël, c’est-à-dire prèsde vingt ans après la mort de Rousseau, Corancez publie sa brochure,où il articule des faits circonstanciés et tous favorables à l’opiniun queRoussea i s’est donné la mort, opinion qu'il fortifie de la sienne propre;et l’on a droit de s'étonner sans doute qu’un homme qui a fait preuvede tant de zèle pour la gloire de son ami ait ainsi gratuitementfourni, à ses ennemis et ses détracteurs, de quoi médire à la fois de sapersonne et de la philosophie. Passons sur cette considération , etvoyons les faits.
Corancez, accompagné de son beau-père M. Romilly, arrive à Er-menonville le lendemain ou surlendemain de la mort de Rousseau, caril ne s'explique pas sur cela plus positivement. Le maître de poste luidit qu’il s’est détruit lui-même d’un coup de pistolet. M. de Girardin,étonné, choqué d'un tel propos , nie le fait avec chaleur ; il propose àCorancez de lui faire voir le corps, le prévenant seulement que Rous-seau, étant à la garde-robe, s'est laissé tomber, et s’est fait un trou aufront (**). Corancez se refuse à cet aifreux spectacle. Étant toujours ac-compagné de M. de Girardin, Une peut aborderai faire causer personne :mais son beau-père lui rapporte avoir appris que le jour de sa mort,Rousseau ne fut point le matin au château , à son ordinaire ; qu'ilavoit été herboriser, qu’il avoit rapporté des plantes, qu’il les avoit pré-parées et fait infuser dans la tasse à café qu’il avoit prise. Cetie occu-pation n’est guère celle d’un homme qui projette de se détruire uneheure après. Continuons.
La femme de Rousseau raconte à Corancez qu’il a conservé sa têtejusqu'au dernier moment. Elle a donc assisté à ce dernier moment.Mais voici la dernière circonstance qui paroît à Corancez prouver plusfortement la r. alité du suicide. « Madame de Girardin , de son côté,« me raconta qu’e frayée de la situation de Rousseau , elle entra chez<i lui (il y avoit donc eu une attaque préliminaire quelconque qui ’aisoit« craindre pour sa vie ; celte attaque avoit donc en des témoins qui s’c-« toieut empressés d’ail’ r au château en instruire madame de Girar-« din). Que venez-'ous faire ici? lui dit Rousseau ; votre sensibilité« doit-elle être à l’é. reuve d'une scène pareille et de la catastrophe qui« doit la terminer ? Il la conjura de le laisser seul et de se retirer. Elle« sortit en effet. A peine avoit-elle le pied hors de la chambre, qu’elle« entendit fermer les verroux.»
Ce n est pas vingt ans après, c’est dans l’année même de la mort de
C/ Voyez ses Réflexions sur te Suicide , (814.
p*) I.e lendemain de la mort (3juillet), cinq hommes de l’art, dont le procès-verbalest rapporié tout entier dans l’édition de Poinçot, tome XXVI, avoient fait l’ouver-ture du corps, et attesté qu'il ne prësentoit ni cicairices, ni blessures, si ce n'est unelégère déchirure au front, occasionée par la chute du défunt sur le carreau , aumoment où il fut frappé de mort.