APPENDICE
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rapporté sur-le-champ chez madame de Warens, et le chirurgien neput bander la plaie sans lui bander aussi les yeux. C’est dans cet étati[ue, se croyant perdu, il fit appeler un notaire et des témoins, et leurdicta fon testament.
Par cet acte, revêtu d’ailleurs de tontes let formes légales, Rous-seau , protestant de vouloir vivre et mourir dans la foi de l’Église ca-tholique , et après avoir invoqué avec la Vierge les saints Jean et Jac-ques , ses pat; ons, fait un léger legs à trois couvents de Chambéry,qu’il charge de célébrer des messes pour le repos de son ame ; puis unautre legs de cent livres à Jacques Barillot de Genève ; puis enfin, dé-laissant à son père sa légitime, dont il le prie de se contenter, il nommepour son héritière madame deWarens, en déclarant lui devoir la sommede deux mille livres pour sa p-nsion et entretien depuis dix années.Par le même acte, il reconnoit devoir à un sieur Cliarbonnel unesomme de sept cents livres pour argent prêté et marchandises livrées.
Il est dit dans l’acte qu'il n’est point signé par le testateur, à causede l’appareil mis sur ses yeux ; mais quinze jours apiès (12 juillet ), cetobstacle n’existant plus, Rousseau signa une procuration que M. Métraidéclare avoir entre ses mains , et par laquelle il autorisoit son ami Ba-rillot à demander et recevoir sa portion héréditaire dans les biens desa mère; procuration d'ailleu s qui n’eut point d’effet, puisque cette suc-cession fut lecueillie par Rousseau lui-même, mais seulement après lamort de son père, arrivée dix ans après, comme il l’apprend au livre VIIde ses Confessions.
Au re>te, le testament dont nous venons de rendre compte, déjàremarquable comme témoignage touchant d’affection et de reconnois-sance envers une bienfaitrice,le devient encore davantage parle silenceque Rousseau a gardé, et sur son existence, et sur 1 accident qui ydonna lieu. Au livre V (page 2IS) il nous instruit d’un autre accidentnon moins grave pour lui dans ses suites, l’explosion d’une bouteilledans laquelle il a'oit voulu faire de l’encre de sympathie; ce dont,nous dit-il, il faillit mourir, et resta aveugle plus de six semaines. Orcelte dernière circonstance suffit pour prouver que cet accident ne futpas celui qui le porta à faire un testament, puisque quinze jours aprèsce testament fait, il fut, comme on vient de le voir, en état de signerune procuration. D’ailleurs M. Métrai nous a certifié lui-même que l’é-vénement de la chute de Rousseau , du haut en bas d’un escalier, s’estconservé traditionne lementdans 1a mémoire de plus d’un habitant dela ville.
Nous avons dit qu’en publiant le testament dont il s'agit, M. Métraiy avoit joint des observations. Bien raisonnées dans l’objet que leur au-teur s’est proposé de trouver pour Rousseau, relativement à madame;de Warens , des motifs nouveaux de justification, elles sont dignes'd’intérêt à plus d'un égard, et offrent encore des faits assez curieux. Il