AUX CONFESSIONS. 681
y déclare, par exemple, avoir dans sa bibliothèque, en Savoie , un re-cueil manuscrit de cban-ons avec les airs notés, et tout entier de lamain de Rousseau, qui l’avoit fat à Chambéry pour l’une de ses écoliè-res. « L’ouvrage, richement relié, est fait avec tout le luxe qu’il avoit« coutume de donner à son écriture. On y voit même des oiseaux des-« sinés avec une élégante hardiesse au trait de plume. Je ne saurois« dire s’il ne renferme pas quelques compositions qui lui appartiennent.« La chanson dont il ne se rapp lie que le bout des rimes, au Livre 1er« de ses Confessions, s’y trouve entière... Tout cela m’a rendu ce ma-ii nuscrit précieux, et m’a empêché de le vendre à des Anglois dispo-n sés à l'acheter chèrement.» Pour le dire en passant, celte chansonque Rousseau n’a pu présenter que tronquée dans ses Confessions(page 21 ), nous l’avons donnée complète, dans une note en bas de lamême page ; et M. Métrai, auquel nous l’avons soumise pour nous as-surer de l’identité , l’a reconnue, autant que sa mém ire l’a pu per-mettre , conforme en tout à celle qui existe dans son manuscrit.
III. Nouvelle translation projetée des cendres de J.-J. Rousseauà Ermenonville.
Nous tenons ce fait particulièrement de M. le comte de Girardin ,aujourd'hui membre de la chambre des députés (*). Il nous a paru re-marquable par les circonstances qui s’y lient, et eu égard au temps oùle projet a eu lieu.
C’éloit long-temps avant nos désastres, et même dans le t< mps leplus brillant de l’Empire françois. Le marquis de Girardin, encorevivant, n’avoit pas perdu l’espoir de recouvrer la précieuse propriétédont il avoit été dépouillé sous la République , et il risqua auprès del’empereurquelques démarches poursela faire restituer. Non seulementl’empereur parut favorable à cette demande, mais montra même l’in-tention formelle de faire de la translation du corps de Rousseau, ainsireporté du Panthéon à Ermenonville, l’objet d’une cérémonie d’éclatégale à celle qui, dans la translation de Ferney à Paris, avoit eu lieupour le corps de Voltaire. Cette idée, au moins singulière, vu l’opinionpersonnelle de Bonaparte relativement à Rousseau, opinion dont nousaurons lien de parler tout à l’heure, trouva son expl cation naturelledans une circonstance toute particulière : c’est qu’à celte même époque,le Journal de l'Empire développoit chaque jour avec plus de complai-sance et de hardiesse les doctrines les plus favorables au retour desidées anti-républicaines, et que le chef du gouvernement, trouvantsans dou'.e la marche du journal trop rapide, vouloit, sans s’y opposerdirectement, en balancer jusqu à un certain point l’accélération, ouau moins donner aux esprits prévenus un motif quelconque de douter
(*) M. le comte de Girardin est mort à Paris le 27 février 1827.