DECLARATION
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Cette cause paroit légère; elle ne l’étoit pourtant pas. Il sentitle dédain caché sous ce silence; son amour-propre en fut blessévivement : il suffit de connoître M. Vernes pour savoir à quelpoint il porte la suffisance, la haute opinion de lui-même et deses talents. Je ne récuse sur ce point aucun de ses amis, s’il en a : sij'ai tort, qu’ils le disent, et je me rends. On ne m’a point vu,malignement satiiique, éplucher les vices, ni même les défautsde mes ennemis ; je n’examine point leurs mœurs, leur religion,leurs principes. Je n’usai de personnalités de ma vie, et je neveux pas commencer ; mais ici je dois dire ce qui fait à ma cause ;je dois dire sur quoi j’ai porté mes jugements.
Voilà comment la vanité, la vengeance, enflammèrent la sainteardeur de M. Vernes, prédicateur parceque c’est son métier del’être, mais qui jusque là n’avoit point été dévoré du zèle de l’or-thodoxie; voilà le sentiment secret qui lui dicta les lettres sur monchristianisme. Son orgueil irrité lui mit à la main les armes deson métier. Sans songer à la charité, qui défend d’accabler celuiqui souffre; à la justice, qui, quand mêmej’aurois été coupable,devoit me trouver trop puni ; à la bienséance, qui veut qu’on res-pecte l’amitié, même après qu’elle est éteinte; voilà lebien-disant,le galant, le plaisant M. Vernes transformé tout-à-coup en apô-tre, et lançant ses foudres théologiques sur son ancien ami mal-heureux (*). Est-il étonnant que la haine et l’envie emploient sivolontiers cet expédient? Il est si commode et si doux d’édifiertout le monde, en écrasant pieusement son homme ! Ce grand mot,notre sainte religion, dans un livre est presque toujours une sen-tence de mort contre quelqu’un; c’est le manteau sacré dont secouvrent des passions viles et basses qui n’osent se montrer nues.Toutes les fois que vous verrez un homme en attaquer un autreavec animosité sur la religion, dites hardiment : L’agresseur estun fripon ; vous ne vous tromperez de la vie.
Que le pur zèle de la foi n’ait point dicté les lettres de M. Ja-cob Vernes sur mon christianisme, cela se voit d’abord par letitre même, par la personnalité la plus révoltante, la moins cha-ritable; par la fierté menaçante avec laquelle l’auteur monte surson tribunal pour juger, non mes livres, mais ma personne; pour
(*) L’ouvrage du pa.stenr Vernes dont il est question ici a pour titre : Examen de.ce qui concerne le christianisme, la reforma tion évangélique et les ministres deGenève, dans les deux premières Lettres deJ.*J. Housscau écrites delà mon-tagne, Genève, 1765, in*8°.