"a m. de maleshf.rbes. 721
Glissement de la comédie , du ton que je l’ai fait. Je serois beau-coup plus inutile à mes compatriotes, vivant au milieu d'eux, queje ne puis letre, dans l’occasion, de ma retraite. Qu’importe enquel lieu j’habite, si j’agis où je dois agir? D’ailleurs, les habi-tants de Montmorency sont-ils moins hommes que les Parisiens ;et, quand je puis en dissuader quelqu’un d’envoyer son enfant secorrompre à la ville, fais-je moins de bien que si je pouvois de laville le renvoyer au foyer paternel? Mon indigence seule ne m’em-pêcheroit-elle pas d’être inutile de la manière que tous ces beauxparleurs l’entendent? Et, puisque je ne mange du pain qu’autantque j’en gagne, ne suis-je pas forcé de travailler pour ma subsis-tance, et de payer à la société tout le besoin que je puis avoird’elle? Il est vrai que je me suis refusé aux occupations qui nem’étoient pas propres ; ne me sentant point le talent qui pouvoitme faire mériter le bien que vous m’avez voulu faire, l’acceptereût été le voler à quelque homme de lettres aussi indigent quemoi, et plus capable de ce travail-là ; en me l’offrant vous suppo-siez que j’étois en état de faire un extrait, que je pouvois m’oc-cuper de matières qui m’étoient indifférentes ; et cela n’étant pas,je vous aurois trompé, je me serois rendu indigne de vos bontés,en me conduisant autrement que je n’ai fait ; on n’est jamaisexcusable de faire mal ce qu’on fait volontairement : je seroismaintenant mécontent de moi, et vous aussi ; et je ne goûteraispas le plaisir que je prends à vous écrire. Enfin, tant que mesforces me l’ont permis, en travaillant pour moi, j’ai fait, selon maportée, tout ce que j’ai pu pour la société; si j’ai peu fait pour elle,j’en ai encore moins exigé ; et je me crois si bien quitte avec elledans l'état où je suis, que si je pouvois désormais me reposer tout-à-fait, et vivre pour moi seul, je le ferais sans scrupule. J’écar-terai du moins de moi, de toutes mes forces, l’importunité du bruitpublic. Quand je vivrais encore cent ans, je n’écrirois pas uneligne pour la presse, et ne croirais vraiment recommencer à vivreque quand je serois tout-à-fait oublié.
J’avoue pourtant qu’il a tenu à peu que je ne me sois trouvérengagé dans le monde, et que je n’aie abandonné ma solitude,non par dégoût pour elle, mais par un goût non moins vif que j’aifailli lui préférer. Il faudrait, monsieur, que vous connussiez l’étatde délaissement et d’abandon de tous mes amis où je me trou-vois, et la profonde douleur dont mon ame en étoit affectée, lorsquemonsieur et madame de Luxembourg désirèrent de me connoître,