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Tome premier.
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7 24 LES HÊVERIES.

rêve plus agréable, vous me permettiez de pousser d’un coupd’épaule le château de Malesherbes à demi-lieue de là, il mesemble, monsieur, qu’en rêvant de cette manière je n’aurois delong temps envie de m’éveiller.

Mais c’en est fait, il ne me reste plus qu’à terminer le longrêve, car les autres sont désormais tous hors de saison; et c’estbeaucoup si je puis me promettre encore quelques unes des heuresdélicieuses que j’ai passées au château de Montmorency. Quoiqu’il en soit, me voilà tel que je me sens affecté. Jugez-moi surtout ce fatras, si j’en vaux la peine ; car je n’y saurois mettreplus d'ordre, et je n’ai pas le courage de recommencer. Si ce ta-bleau trop véridique m’ôte votre bienveillance, j’aurai cesséd'usurper ce qui ne m’appartenoit pas ; mais si je la conserve,elle m’en deviendra plus chère, comme étant plus à moi.

LES RÊVERIES

du

PROMENEUR SOLITAIRE.

PREMIÈRE PROMENADE.

Rousseau se regarde comme isolé sur la terre. Il écrit ses Promenades pourservir de suite à ses Confessions. Il n’a pas, pour ses Rêceries , les mêmesinquiétudes qu’il a eues pour ses Dialogues et ses premières Confessions.

Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère , deprochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable etle plus aimant des humains en a été proscrit par un accordunanime. Us ont cherché, dans les raffinements de leur haine,quel tourment pouvoit être le plus cruel à mon ame sensible,et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachoient àeux. J’aurois aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes; ils n’ontpu, qu’en cessant de l’être, se dérober à mon affection. Les voilà \donc étrangers, inconnus, nuis enfin pour moi, puisqu’ils l’ontvoulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même? Voilà ce qui me reste à chercher. Malheureusement cetterecherche doit être précédée d’un coup d’œil sur ma position : j