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Tome premier.
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726
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726 LES RÊVERIES.

Une autre chose a contribué à cette tranquillité. Dans tous lesraffinements de leur haine, mes persécuteurs en ont omis unque leur animosité leur a fait oublier ; c’étoit d’en graduer si bienles effets, qu’ils pussent entretenir et renouveler mes douleurssans cesse, en me portant toujours quelque nouvelle atteinte. S’ilsavoienteu l’adresse de me laisser quelque lueur d’espérance, ilsme tiendroient encore par-là. Ils pourroient faire encore de moileur jouet par quelque faux leurre, et me navrer ensuite d’untourment toujours nouveau par mon attente déçue. Mais ils ontd'avance épuisé toutes leurs ressources ; en ne me laissant rien, ilsse sont tout ôté à eux-mêmes. La diffamation, la dépression, ladérision, l’opprobre dont ils m’ont couvert, ne sont pas plus sus-ceptibles d’augmentation que d’adoucissement; nous sommeségalement hors d’état, eux de les aggraver, et moi de m’y sous-traire. Ils se sont tellement pressés de porter à son comble la me-sure de ma misère, que toute la puissance humaine, aidée detoutes les ruses de l'enfer, n'y saurait plus rien ajouter. La dou-leur physique elle-même, au lieu d’augmenter mes peines, yferait diversion. En m’arrachant des cris, peut-être elle m’é-pargneroit des gémissements, et les déchirements de mon corpssuspendraient ceux de mon cœur.

Qu’ai-je encore à craindre d’eux, puisque tout est fait? Nepouvant plus empirer mon état, ils ne sauraient plus m’inspirerd'alarmes. L’inquiétude et l’effroi sont des maux dont ils m’ontpour jamais délivré : c’est toujours un soulagement. Les mauxréels ont sur moi peu de prise; je prends aisément mon parti surceux que j’éprouve, mais non pas sur ceux que je crains. Monimagination effarouchée les combine, les retourne, les étend etles augmente. Leur attente me tourmente cent fois plus que leurprésence, et la menace m’est plus terrible que le coup. Sitôtqu’ils arrivent, l’événement, leur ôtant tout ce qu’ils avoientd’imaginaire , les réduit à leur juste valeur. Je les trouve alorsbeaucoup moindres que je me les étois figurés ; et même, au mi-lieu de ma souffrance , je ne laisse pas de me sentir soulagé. Danscet état, affranchi de toute nouvelle crainte et délivré de l’in-quiétude, de l’espérance , la seule habitude suffira pour merendre de jour en jour plus supportable une situation que rienne peut empirer; et, à mesure que le sentiment s’en émousse parla durée, ils n’ont plus de moyens pour le ranimer. Voilà le bienque m'ont fait mes persécuteurs, en épuisant sans mesure tous