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Tome premier.
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766 LES RÊVERIES.

est bien tard, sans doute, pour en faire usage ; mais il n’est pastrop tard au moins pour redresser mon erreur et remettre ma vo-lonté dans la règle : car c’est désormais tout ce qui dépend demoi. En ceci donc, et en toutes choses semblables, la maximede Solon est applicable à tous les âges, et il n’est jamais trop tardpour apprendre, même de ses ennemis, à être sage, vrai, mo-deste , et à moins présumer de soi.

CINQUIÈME PROMENADE.

Description de l’île de Saint-Pierre. Rousseau regrette de n'avoir pu y fixer

son séjo ir. Il y travaille à la botanique. Détail de ses amusements danse .tte

île. II y fonde une colonie.

De tontes les habitations où j’ai demeuré (et j’en ai eu de char-mantes), aucune ne m’a rendu si véritablement heureux et nem’a laissé de si tendres regrets que l’île de Saint-Pierre , au mi-lieu du lac de Bienne. Cette petite île, qu’on appelle à Neuchâtell’ile de La Motte , est bien peu connue, même en Suisse. Aucunvoyageur, que je sache, n’en fait mention. Cependant elle est trèsagréable, et sigulièrement située pour le bonheur d’un homme quiaime à se circonscrire; car, quoique je sois peut être le seul aumonde à qui sa destinée en ait fait une loi, je ne puis croire êtrele seul qui ait un goût si naturel, quoique je ne l’aie trouvéjusqu’ici chez nul autre.

Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiquesque celles du lac de Genève, pareeque les rochers et les bois ybordent l’eau de plus près ; mais elles ne sont pas moins riantes.S’il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villeset de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus deprairies, d’asiles ombragés de bocages, de contrastes plus fré-quents et des accidents plus rapprochés. Comme il n’y a pas surces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitu-res, le pays est peu fréquenté par les voyageurs; mais il est in-téressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s’enivrerà loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un si-lence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, leramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des tor-rents qui tombent de la montagne. Ce beau bassin, d’une formepresque ronde, enferme dans son milieu deux petites îles, l’unehabitée et cultivée, d’environ une demi-lieue de tour; l’autre pluspetite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les