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Tome quatrième.
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DE L’INÉGALITÉ PABMI LES HOMMES. 157

état autant de réalité et d'influence que le prétendent nos écri-vains.

En effet, il est aisé de voir qu’entre les différences qui distin-guent les hom mes plusieurs passent pour naturelles qui sont uni-quement l’ouvrage de l’habitude et des divers genres de vie queles hommes, adoptent dans la société. Ainsi un tempérament ro-buste ou délicat, la force ou la foiblesse qui en dépendent, vien-nent souvent plus de la manière dure ou efféminée dont on a étéélevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est demême des forces de l’esprit; et non seulement l’éducation met dela différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne le sont pas,mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à propor-tion de la culture; car qu’un géant et un nain marchent sur lamême route , chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera unnouvel avantage au géant. Or si l’on compare la diversité prodi-gieuse d’éducations et de genres de vie qui règne dans les diffé-rents ordres de l'état civil avec la simplicité et l’uniformité de lavie animale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes ali-ments , vivent de la même manière, et font exactement les mêmeschoses, on comprendra combien la différence d’homme à hommedoit être moindre dans l’état de nature que dans celui de société,et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce hu-maine par l’inégalité d’institution.

Mais quand la nature affecteroit dans la distribution de sesdons autant de préférences qu’on le prétend , quel avantage lesplus favorisés en tireroient-ils au préjudice des autres dans un étatde choses qui n’admettroit presque aucune sorte de relation entreeux? Là où il n’y a point d’amour, de quoi servira la beauté? Quesert l’esprit à des gens qui ne parlent point, et la ruse à ceux quin’ont point d’affaires? J’entends toujours répéter que les plus fortsopprimeront les foibles. Mais qu’on m’explique ce qu’on veut direpar ce mot d’oppression. Les uns domineront avec violence, lesautres gémiront asservis à tous leurs caprices. Voilà précisémentce que j’observe parmi nous ; mais je ne vois pas comment celapourroit se dire des hommes sauvages, à qui l’on auroit même biende la peine à faire entendre ce que c’est que servitude et domina-tion. Un homme pourra bien s’emparer des fruits qu’un autre acueillis, du gibier qu’il a tué , de l’antre qui lui servoit d’asile;mais comment viendra-t-il jamais à bout de s’en faire obéir? etquelles pourront être les chaînes de la dépendance parmi des