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Tome quatrième.
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178
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178 DISCOURS SUR L’ORIGINE

à rechercher si la liberté étant la plus noble des facultés del’homme, ce n’est pas dégrader sa nature, se mettre au niveaudes bêtes esclaves de l’instinct, o ffenser même l’auteur de sonêtre, que de renoncer sans réserve au plus précieux de tous sesdons, que de se soumettre à commettre tous les crimes qu’il nousdéfend, pour complaire à un maître féroce ou insensé ; et si cetouvrier sublime doit être plus irrité de voir détruire que désho-norer son plus bel ouvrage. Je négligerai, si l’on veut, l’autoritéde Barbey rac, qui déclare nettement, d’après Locke , que nul nepeut vendre sa liberté jusqu’à se soumettre à une puissance arbi-traire qui le traite à sa fantaisie : Car , ajoute-t-il, ce seroit ven-dre sa propre vie, dont on n’est pas le maître. Je demanderaiseulement de quel droit ceux qui n’ont pas craint de s’avilir eux-mêmes jusqu’à ce point ont pu soumettre leur postérité à la mêmeignominie, et renoncer pour elle à des biens qu’elle ne tientpoint de leur libéralité, et sans lesquels la vie même est onéreuseà tous ceux qui en sont dignes.

Puffendorff dit que , tout de même qu’on transfère son bien àautrui par des conventions et des contrats, on peut aussi se dé-pouiller de sa liberté en faveur de quelqu’un. C’est là, ce mesemble, un fort mauvais raisonnement : car, premièrement, lebien que j’aliène me devient une chose tout-à-fait étrangère, etdont l’abus m’est indifférent ; mais il m’importe qu’on n’abusepoint de ma liberté, et je ne puis, sans me rendre coupable dumal qu’on me forcera défaire, m’exposer à devenir l’instrumentdu crime. De plus, le droit de propriété n’étant que de conven-tion et d’institution humaine , tout homme peut à son gré dispo-ser de ce qu'il possède ; mais il n’en est pas de même des donsessentiels de la nature, tels que la vie et la liberté, dont il estpermis à chacun de jouir, et dont il est au moins douteux qu’on

dans leurs états (page 275), et quand cet axiome de droit politique est d'ailleursformellement consacré et établi à plusieurs reprises dans le cours de l'ouvrage : « Ce« n'est pas qu'on doute que les rois n'aient la puissance de faire et d’abroger des« lois ; ce droit est sans difficulté l'un des plus beaux fleurons de leur couronne« (p. 140).., La sagesse d'un grand prince consiste principalement à former de« bonnes lois ; sa puissance, à les faire observer par ses sujets; et sa gloire, à s'y« assujettir lui-même (page 164). » Ce dont il ne falloit conclure autre chose qu'undevoir pour le prince de s'assujettir à sa loi tant gn’it lui convenoil, et la conduitedu roi Louis Xiv en cette occasion prouve bien qu'il ne vouloit pas en effet donnerde ce devoir une autre idée.

Dans le discours de Rousseau, le passage présenté isolément a, comme on voit, untout autre caractère, et sans doute on ne pouvoit plus adroitement s'y prendre pourdonner une leçon au gouvernement alors existant.