Band 
Tome quatrième.
Seite
179
JPEG-Download
 

| DE L’iNÉGALITÉ PARMI LES HOMMES. 179

' ait droit de se dépouiller : en s’ôtant l’une on dégrade son être;j en s’ôtant l’autre on l’anéantit autant qu’il est en soi ; et commej nul bien temporel ne peut dédommager de l’une et de l’autre, cei seroit offenser à !a fois la nature et la raison que d’y renoncer àI quelque prix que ce fût. Mais quand on pourroit aliéner sa libertél comme ses biens, la différence seroit très grande pour les enfants■ qui ne jouissent des biens du père que par transmission de sondroit ; au lieu que la liberté étant un don qu’ils tiennent de la na-ture en qualité d’hommes, leurs parents n’ont eu aucun droit deles en dépouiller ; de sorte que comme pour établir l’esclavage ila fallu faire violence à la nature, il a fallu la changer pour perpé-tuer ce droit; et les jurisconsultes, qui ont gravement prononcéque l’enfant d’une esclave naîtroit esclave, ont décidé en d’au-tres termes qu’un homme ne naîtroit pas homme.

Il me paroît donc certain que non seulement les gouvernementsn’ont point commencé par le pouvoir arbitraire, qui n’en est quela corruption, le terme extrême, et qui les ramène enfin à la seuleloi du plus fort, dont ils furent d’abord le remède; mais encore’’ que quand même ils auraient ainsi commencé, ce pouvoir, étantpar sa nature illégitime, n’a pu servir de fondement aux droits' de la société, ni par conséquent à l’inégalité d’institution.

Sans entrer aujourd’hui dans les recherches (*) qui sont encoreà faire sur la nature du'pacte fondamental de tout gouvernement,je me borne, en suivant l’opinion commune, à considérer ici l’éta-blissement du corps politique comme un vrai contrat entre lepeuple et les chefs qu’il se choisit ; contrat par lequel les deuxparties s’obligent à l’observation des lois qui y sont stipulées etqui forment les liens de leur union. Le peuple ayant, au sujet des) relations sociales, réuni toutes ses volontés en une seule, tous les| articles sur lesquels cette volonté s'explique deviennent autant de| lois fondamentales qui obligent tous les membres de l'état sans| exception, et l’une desquelles règle le choix et le pouvoir des ma-| gistrats chargés de veiller à l’exécution des autres. Ce pouvoir■; s’étend à tout ce qui peut maintenir la constitution, sans aller' jusqu’à la changer. On y joint des honneurs qui rendent respec-tables les lois et leurs ministres, et pour ceux-ci personnelle-ment . des prérQgatives qui les dédommagent des pénibles tra-vaux que coûte une bonne administration. Le magistrat, de son

If (’) Rousseau les a faites depuis dans son Con! rat social , qui parut huit ans aprèsce Discours.