NOTES.
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ajouter une foi aveugle aux relations d’Hérodote et de Ctésias, on en peut dumoins tirer cette opinion très vraisemblable, que, si l'on avoit pu faire debonnes observations dans ces temps anciens où les peuples divers suivoientdes manières de vivre plus différentes entre elles qu’ils ne font aujourd’hui,on y auroit aussi remarqué, dans la figure et l’habitude du corps, des va-riétés beaucoup plus frappantes. Tous ces faits, dont il est aisé de fournir despreuves incontestables, ue peuvent surprendre que ceux qui sont accoutumésà ne regarder que les objets qui les environnent, et qui ignorent les puissantseffets de la diversité des climats, de l’air, des aliments, de ta manière de vivre,des habitudes en général, et surtout la force étonnante des mêmes causes,quand elles agissent continuellement sur de longues suites de générations.Aujourd’hui que le commerce , les voyages et les conquêtes, réunissent da-vantage les peuples divers, et que leurs manières de vivre se rapprochent sanscesse par la fréquente communication, on s’aperçoit que certaines différencesnationales ont diminué ; et, par exemple , chacun peut remarquer que lesFrançois d'aujourd'hui ne sont plus ces grands corps blancs et blonds décritspar les historiens latins, quoique le temps, joint au mélange des Francs etdes Normands, blancs et blonds eux-mêmes, eût dû rétablir ce que la fré-quentation des Romains avoit pu ôter à l'influence du climat, dans la consti-tution naturelle et le teint des habitants. Toutes ces observations sur les va-riétés que mille causes peuvent produire et ont produites en effet dans l’espècehumaine, me font douter si divers animaux semblables aux hommes, prispar les voyageurs pour des bêtes sans beaucoup d’examrn, ou à cause dequelques différences qu’ils remarquoient dans la conformation extérieure, ouseulement pareeque ces animaux ue parloient pas, ne seroient point en effetde véritables hommes sauvages, dont la race dispersée anciennement dansles bois n'avoit eu occasion de développer aucune de ses facultés virtuelles,n’avoit acquis aucun degré de perfection, et se trouvoit encore dans l’étatprimitif de nature. Donnons un exemple de ce que je veux dire.
« On trouve, dit le traducteur de V Histoire des Voyages , dans le royaumeu de Congo, quantité de ces grands animaux quVn nomme orangs-outangs« aux Indes orientales, qui tiennent comme le milieu entre l'espèce humaine« et les babouins. Battel raconte que dans les forêts de Mayomba, au royaume« de Loango, on voit deux sortes de monstres 1 , dont les plus grands se nom-« ment pongos et les autres enjocos. Les premiers ont une ressemblance exacte« avec l’homme, mais ils sont beaucoup plus gros et de fort haute taille. Avec« un visage humain, ils ont les yeux fort enfoncés. Leurs mains, leurs joues,« leurs oreilles sont sans poil, à l’exception des sourcils qu’ils ODt fort longs.« Quoiqu'ils aient le reste du corps assez velu , le poil n’en est pas fort épais,« et sa couleur est brune. Enfin la seule partie qui les distingue des hommes« est la jambe, qu'ils ont sans mollet. Ils marchent droits, en se tenant de la« main le poil du cou ; leur retraite est dans les bois ; ils dorment sur les ar-« bres, et s’y font une espèce de toit qui les met à couvert de la pluie. Leursh aliments sont des fruits ou des noix sauvages. Jamais ils ne mangent de chair.« L'usage des nègres qui traversent les forêts est d'y allumer des feux pendant« la nuit : ils remarquent que le matin, à leur départ, les pongos prennent« leur place autour du feu, et ne se retirent pas’qu'il ne soit éteint ; car, avec« beaucoup d’adresse, ils n’ont point assez de sens pour l'entretenir en y ap-o portant du bois.