NOTES.
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religieux lettré, témoin oculaire, et qui, avec toute sa naïveté, ne laissoitpas d’être homme d’esprit, qu’au marchand Battel, ieDappcr, à Purchass, etaux autres compilateurs.
Quel jugement pense-t-on qu’eussent porté de pareils observateurs surl'enfant trouvé en 1694 , dont j’ai déjà parié ci-devant (*), qui ne donnoit au-cune marque de raison, marchoit sur ses pieds et sur ses mains, n’avoit aucunlangage, et formoit des sons qui ne ressembloient en rien à ceux d’un homme?Il fut long-temps, continue le même philosophe qui me fournit ce fait, avantde pouvoir proférer quelques paroles ; encore le fit-il d’une manière barbare.Aussitôt qu’il put parler, on l’interrogea sur son premier état ; mais il ne s’easouvint non plus que nous nous souvenons de ce qui nous est arrivé au ber-ceau. Si malheureusement pour lui cet enfant fût tombé dans les m ins de nosvoyageurs, on ne peut douter qu'a près avoir remarqué son silence et sa stu-pidité, ils n’eussent pris le parti de le renvoyer dans les bois ou de l’enfermerdans uue ménagerie; après quoi ils en auraient savamment parlé dans debelles relations, comme d'une bête fort curieuse qui ressembloit assez àl’homme.
Depuis trois ou quatre cents ans que les habitants de l’Europe inondentles autres parties du monde, et publient sam cesse de nouveaux recueils devoyages et de relations, je suis persuadé que nous ne connoissons d’hommesque les seuls Européens ; encore paroît-il, aux préjugés ridicules qui ne sontpas éteints même parmi les gens de lettres, que chacun no fait guère, sous lenom pompeux d’étude de l’homme, que celle des hommes de son pays. Lesparticuliers ont beau aller et venir, il semble que la philosophie ne voyagepoint : aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre. Lacause de ceci est manifeste, au moins pour les contrées éloignées : il n’y aguère que quatre sortes d’hommes qui fassent des voyages de long cours, lesmarins, les marchands, les soldats et les missionnaires. Or on ne doit guères’attendre que les trois premières classes fournissent de bons observateurs; etquant à ceux de la quatrième, occupés de la vocation sublime qui les appelle,quand ils ne seroient pas sujets à des préjugés d’état comme tous les autres,on doit croire qu’ils ne se livreraient pas volontiers à des recherches qui pa-■ roissent de pure curiosité, et qui les détourneraient des travaux plus impor-- tants auxquels ils se destinent. D’ailleurs, pour prêcher utilement l’Évangile,il ne faut que du zèle, et Dieu donne le reste ; mais pour étudier les hommes,il faut des talents que Dieu ne s’engage à donner à personne, et qui ne sontpas toujours le partage des saints. On n’ouvre pas un livre de voyages où l'on;■ ne trouve des descriptions de caractères et de mœurs : mais on est tout étonnéd’y voir que ces gens qui ont tant décrit de choses n’ont dit que cc que cha-jeun savoit déjà , n’ont su apercevoir, à l’autre bout du monde, que ce qu'iln’eût tenu qu’à eux de remarquer sans sortir de leur rue, et que ces traitsvrais qui distinguent les nations, et qui frappent les yeux faits pour voir, ontpresque toujours échappé aux leurs. De là est venu ce bel adage de morale,si rebattu par la fourbe philosophesque, que les hommes sont partout lesmêmes; qu'ayant partout les mêmes passions et les mêmes vices, il est assezinutile de chercher à caractériser les différents peuples: ce qui est à peuprès aussi bien raisonné que si l’on disoit qu’on ne saurait distinguer Pierred’avec Jacques, parceyu’ils ont tous deux un nez, une bouche et des yeux.
(’) Note 3.