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Tome quatrième.
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NOTES.

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Ne verra-t-on jamais renaître ces temps heureux où les peuples ne se mê-loient point de philosopher, mais où les Platon, les Thaïes et les Pythagore,épris d’un ardent désir de savoir, eulreprcnon nt les plus grands voyagesuniquement pour s’insttuire, et alloient au loin secouer le joug des préjugésnationaux, apprendre à connoilre les hommes par leurs conformités et parleurs différences, et acquérir ces connoissances universelles qui ne sont pointcelles d’un siècle ou d’un pays exclusivement, mais qui, étant de tous lestemps et de tous les lieux, sont pour ainsi dire la science commune des sages?

On admire la magnificence de quelques curieux qui ont fait ou fait faire àgrands frais des voyages en Orient avec des savants et des peintres, pour ydessiner des masures et déchiffrer ou copier des inscriptions ; mais j’ai peineà concevoir comment, dans un siècle où l'on se pique de belles connoissances,il ne se trouve pas deux hommes bien unis, riches, l’un eu argent, l'autre engénie, tous deux aimant la gloire et aspirant à l'immortalité, dont l’un sacrifievingt mille écus de son bien, et l’autre dix ans de sa vie, à un célèbre voyageautour du monde, pour y étudier, non toujours des pierres et des plantes,mais une fois les hommes et les mœurs, et qui, après tant de siècles employésà mesurer et considérer la maison, s’avisent enfin d’en vouloir connoîtretes habitants.

Les académiciens qui ont parcouru les parties septentrionales de l’Europe,et méridiona'es de l’Amérique, avoient plus pour objet de les visiter eu géo-mètres qu’en philosophes. Cependant, comme ils étoient à la fois l’un et l’au-tre, on ne peut pas regarder comme tout-à-fait inconnues les régions qui ontété vues et décrites par les La Condaraine et les Maupcrtuis. Le joaillierChardin , qui a voyagé comme Platon, n’a rien laissé à dire sur la Perse. LaChine paroit avoir été bien observée par les jésuites. Kempfer donne une idéepassable du peu qu’il a vu dans le Japon. A ces relations près, nous ne con-noissons point les peuples des Indes orientales , fréquentées uniquement pardes Européens plus curieux de remplir leurs bourses que leurs têtes. L’Afri-que entière, et ses nombreux habitants, aussi singuliers par leur caractèreque par leur couleur, sont encore à examiner; toute la terre est couverte denations dont nous ne counoissons que les noms : et nous nous mêlons déjugerle genre humain! Supposons un Montesquieu, un Buffon, un Diderot, unDuclos, un d'Alembert, un CondilUc, ou des hommes de cette trempe, voya-geant pour instruire leurs compatriotes, observant et décrivant, comme ilssavent faire, la Turquie, l’Egypte, la Barbarie, l'empire de Maroc, la Guinée,le pays des Cafres, l'intérieur de l’Afrique et ses côtes orientales, les Malaba •res, le Mogol, les rives du Gange, les royaumes de Siam , de Pégu et d'Ava,la Chine, la Tarfarie et surto .t le Japon ; puis, dans l’autre hémisphère, leMexique, le Pérou, le Chili, les terres Magellaniques, sans oublier les Pala-gons vrais on faux, le Tucuman, le Paraguai, s’il était possible, le Brésil, enfinles Caraïbes, la Floride, et toutes les confiées sauvages; voyage le plus im-portant de tous, et celui qu’il faudroit faire avec le plus de soin : supposonsque ces nouveaux Hercules, de retour de ces courses mémorables, fissent en-suite à loisir l’histoire naturelle, morale et politique, de ce qu'ils auroient vu,nous verrions nous-mêmes sortir un monde nouveau de dessous leur plume,et nous apprendrions ainsi à connoitre le nôtre : je dis que quand de pareilsobservateurs affirmeront d’un tel animal que c’est un homme, et d’un autreque c’est une bête, il faudra les en croire; mais ce seroit une grande simpli-