de l’économie politique. 24 9
plus de bien qu’un autre doit payer dix fois plus que lui : secon-dement, le rapport des usages, c’est-à-dire la distinction du né-cessaire et du superflu. Celui qui n’a que le simple nécessaire nedoit rien payer du tout ; la taxe de celui qui a du superflu peutaller au besoin jusqu’à la concurrence de tout ce qui excède sonnécessaire. A cela il dira qu’eu égard à son rang, ce qui seroit su-perflu pour un homme inférieur est nécessaire pour lui ; mais c’estun mensonge : car un grand a deux jambes ainsi qu’un bouvier,et n’a qu’un ventre non plus que lui. De plus, ce prétendu néces-saire est si peu nécessaire à son rang, que, s’il sa voit y renoncerpour un sujet louable , il n’en seroit que plus respecté. Le peuplese prosterneroit devant un ministre qui iroit au conseil à pied,pour avoir vendu ses carrosses dans un pressant besoin de l'état.Enfin la loi ne prescrit la magnificence à personne, et la bien-séance n’est jamais une raison contre le droit.
Un troisième rapport qu’on ne compte jamais, et qu’on devroittoujours compter le premier, est celui des utilités que chacun re-lire de la confédération sociale, qui protège fortement les im-menses possessions du riche, et laisse à peine un misérable jouirde la chaumière qu’il a construite de ses mains. Tous les avantagesde la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches? tousles emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls? toutesles grâces, toutes les exemptions, ne leur sont-elles pas réser-vées? et l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur?Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d'au-tres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité? Lescoups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, lesmeurtres même et les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, et dont au bout de six mois iln’est plus question? Que ce même homme soit volé, toute la po-lice est aussitôt en mouvement ; et malheur aux innocents qu’ilsoupçonne ! Passe-t-il dans un lieu dangereux, voilà les escortesen campagne : l’essieu de sa chaise vient-il à rompre, tout vole àson secours : fait-on du bruit à sa porte, il dit un mot et tout setait : la foule l’incommode-t-elle, il fait un signe et tout se range:un charretier se trouve-t-il sur son passage, ses gens sont prêts àl’assommer; et cinquante honnêtes piétons allant à leurs aftàiresseroient plutôt écrasés qu’un faquin oisif retardé dans son équi-page. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sou ; ils sont le droitde l’homme riche, et non le prix de la richesse. Que le tableau du