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Tome quatrième.
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250 de l’économie politique.

pauvre est différent! plus l’humanité lui doit, plus la société luirefuse : toutes les portes lui sont fermées, même quand il a droitde les faire ouvrir ; et si quelquefois il obtient justice, c’est avecplus de peine qu’un autre n’obtiendroit grâce : s’il y a des corvéesà faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence ;il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus richea le crédit de se faire exempter : au moindre accident qui lui ar-rive chacun s’éloigne de lui : si sa pauvre charrette verse, loin d’êtreaidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant lesavanies des gens lestes d’un jeune duc : en un mot, toute assis-tance gratuite le fuit au besoin, précisément parcequ’il n’a pasde quoi la payer ; mais je le tiens pour un homme perdu s’il a lemalheur d’avoir l’ame honnête, une fille aimable, et un puissantvoisin.

Une autre attention non moins importante à faire, c’est que lespertes des pauvres sont beaucoup moins réparables que celles duriche, et que la difficulté d’acquérir croît toujours en raison dubesoin. On ne fait rien avec rien ; cela est vrai dans les affairescomme en physique : l’argent est la semence de l’argent, et lapremière pistole est quelquefois plus difficile à gagner que le se-cond million. Il y a plus encore : c’est que tout ce que le pauvrepaie est à jamais perdu pour lui, et reste ou revient dans les mainsdu riche; et comme c’est aux seuls hommes qui ont part au gou-vernement , ou à ceux qui en approchent, que passe tôt ou tardle produit des impôts, ils ont, même en payant leur contingent,un intérêt sensible à les augmenter.

Résumons en quatre mots le pacte social des deux états. Votisavez besoin de moi, car je suis riche et vous êtes pauvre ; fai-sons donc un accord entre nous : je permettrai que vous ayezl’honneur de me servir , à condition que vous me donnerez lepeu qui vous reste pour la peine que je prendrai de vous com-mander.

Si l’on combine avec soin toutes ces choses, on trouvera que,pour répartir les taxes d’une manière équitable et vraiment pro-portionnelle , l’imposition n’en doit pas être faite seulement enraison des biens des contribuables, mais en raison composée de ladifférence de leurs conditions et du superflu de leurs biens : opé-ration très importante et très difficile que font tous les jours desmultitudes de commis honnêtes gens et qui savent l’arithméti-que , mais dont les Platon et les Montesquieu n’eussent osé se