JUGEMENT SUR LA POLYSYNODIE. 307
l’état que celle où l’a successivement amené une durée die treizecents ans? Que le gouvernement actuel soit encore celui d’autre-fois, ou que, durant tant de siècles, il ait changé de nature in-sensiblement, il est également imprudent d’y toucher. Si c’est lemême, il faut le respecter ; s’il a dégénéré, c’est par la force dutemps et des choses, et la sagesse humaine n’y peut rien. Il nesuffit pas de considérer les moyens qu’on veut employer, si l’onne regarde encore les hommes dont on veut se servir. Or quandtoute une nation ne sait plus s’occuper que de niaiseries, quelleattention peut-elle donner aux grandes choses? et dans un paysoù la musique est devenue une affaire d’état, que seront les af-faires d’état, sinon des chansons ? Quand on voit tout Paris eufermentation pour une place de baladin ou de bel esprit, et les af-faires de l’Académie ou de l'Opéra faireoublier l’intérêt du princeet la gloire de la nation, que doit-on espérer des affaires publi-ques rapprochées d’un tel peuple et transportées de la cour à laville ? Quelle confiancepeut-onavoirau scrutin des conseils, quandon voit celui d’une académie nu pouvoir des femmes? seront-ellesmoins empressées à placer des ministres que des savants ? ou seconnoitront-elles mieux en politique qu’en éloquence ? I! est bienà craindre que de tels établissements, dans un pays où les mœurssont en dérision, ne se fissent pas tranquillement, ne se main-tinssent guère sans troubles, et ne donnassent pas les meilleurssujets.
D’ailleurs, sans entrer dans cette vieille question de la vénalitédes charges, qu’on ne peut agiter que chez des gens mieux pour-vus d’argent que de mérite, imagine-t-on quelque moyen prati-cable d’abolir en France cette vénalité? ou penseroit-on qu’elleput subsister dans une partie du gouvernement, et le scrutindans l’autre; l’une dans les tribunaux, l’autre dans les conseils;et que les seules places qui restent à la faveur seroient abandon-nées aux élections? Il faudroit avoir des vues bien courtes et bienfausses pour vouloir allier des choses si dissemblables, et fonderun même système sur des principes si différents. Mais laissonsces applications, et considérons la chose en elle-même.
Quelles sont les circonstances dans lesquelles une monarchiehéréditaire peut sans révolutions être tempérée par des formes quila rapprochent de l’aristocratie ? Les corps intermédiaires entre leprince et le peuple peuvent-ils, doivent-ils avoir une juridictionindépendante l’une de l’autre? ou, s’ils sont précaires et dépen-