Band 
Tome quatrième.
Seite
495
JPEG-Download
 

CHAPITRE XIII.

495

serait de dresser sur de fidèles mémoires, et sur le rapport de lavoix publique bien vérifié, un rôle des paysans qui se distingue-raient par une bonne conduite, une bonne culture, de bonnesmœurs, par le soin de leur famille, par tous les devoirs de leurétat bien remplis. Ce rôle serait ensuite présenté à la diétine, quiy choisirait un nombre fixé par la loi pour être affranchi, et quipourvoirait, par des moyens convenus, au dédommagement despatrons, en les faisant jouir d’exemptions, de prérogatives, d’a-vantages enfin proportionnés au nombre de leurs paysans quiauroient été trouvés dignes de la liberté : car il faudroit absolu-ment faire en sorte qu’au lieu d’être onéreux au maître, l’affran-chissement du serf lui devînt honorable et avantageux ; bien en-tendu que, pour éviter l’abus, ces affranchissements ne se feraientpoint par les maîtres, mais dans les diétines, par jugement, etseulement jusqu’au nombre fixé par la loi.

Quand on aurait affranchi successivement un certain nombrede familles dans un canton, l’on pourroit affranchir des villagesentiers, y former peu à peu des communes, leur assigner quel-ques biens-fonds, quelques terres communales comme en Suisse,y établir des officiers communaux ; et lorsqu’on aurait amené pardegrés les choses jusqu’à pouvoir, sans révolution sensible, ache-ver l’opération en grand, leur rendre enfin le droit que leurdonna la nature de participer à l’administration de leur pays enenvoyant des députés aux diétines.

Tout cela fait, on armeroit tous ces paysans devenus hommeslibres et citoyens, on les enrégimenterait, on les exerceroit, etl’on finirait par avoir uue milice vraiment excellente, plus quesuffisante pour la défense de l’état.

On pourroit suivre une méthode semblable pour l’anoblisse-ment d’un certain nombre de bourgeois, et même, sans les ano-blir, leur destiner certains postes brillants qu’ils rempliraientseuls à l’exclusion des nobles, et cela à l’imitation des Vénitienssi jaloux de leur noblesse, qui néanmoins, outre d’autres emploissubalternes, donnent toujours à un citadin la seconde place de l’état,savoir celle de grand-chancelier, sans qu’aucun patricien puissejamais y prétendre. De cette manière, ouvrant à la bourgeoisie laporte de la noblesse et des honneurs, on l’attacherait d’affection àla patrie et au maintien de la constitution. On pourroit encore,sans anoblir les individus, anoblir collectivement certaines villes,en préférant celles où fleuriraient davantage le commerce, l’in-