498 GGUVEBNEMENT DE POLOGNE.
me permette un moment de réflexion sur la manière dont les Po-lonois disposent ordinairement de leur couronne.
D’abord, je le demande, pourquoi faut-il qu’ils se donnent desrois étrangers? Par quel singulier aveuglement ont-ils pris ainsile moyen le plus sûr d’asservir leur nation, d’abolir leurs usages,de se rendre le jouet des autres cours, et d’augmenter à plaisirl’orage des interrègnes? Quelle injustice envers eux-mêmes ! quelaffront fait à leur patrie 1 comme si, désespérant de trouver dansson sein un homme digne de les commander, ils étoient forcés del’aller chercher au loin! Commentn’ont-ils pas senti,eommentn’ont-ils pas vu que c’étoit tout le contraire ? Ouvrez les annales de votrenation, vousnelaverrezjamaisillustreettriomphante quesousdesrois polonois ; vous la verrez presque toujours opprimée et aviliesous les étrangers. Que l’expérience vienne enfin à l’appui de la rai-son ; voyez quels maux vous vous faites et quels biens vous vous ôtez.
Car, je le demande encore, comment la nation polonoise, ayanttant fait que de rendre sa couronne élective, n’a-t-elle point songéà tirer parti de cette loi pour jeter parmi les membres de l’admi-nistration une émulation de zèle et de gloire, qui seule eût plusfait pour le bien de la patrie que toutes les autres lois ensemble ?Quel ressort puissant sur des âmes grandes et ambitieuses quecette couronne destinée au plus digne, et mise en perspectivedevant les yeux de tout citoyen qui saura mériter l’estime publi-que ! Que de vertus, que de nobles efforts l’espoir d’en acquérir leplus haut prix ne doit-il pas exciter dans la nation ! quel fermentde patriotisme dans tous les cœurs, quand on sauroit bien que cen’est que par-là qu’on peut obtenir cette place, devenue l’objetsecret des vœux de tous les particuliers, sitôt qu’à force de mériteet de services il dépendra d’eux de s’en approcher toujours davan-tage, et, si la fortune les seconde, d’y parvenir enfin tout-à-fait !Cherchons le meilleur moyen de mettre en jeu ce grand ressort sipuissant dans la république, et si négligé jusqu’ici. L’on me diraqu’il ne suffit pas de ne donner la couronne qu’à des Polonoispour lever les difficultés dont il s’agit : c’est ce que nous verronstout-à l’heure après que j’aurai proposé mon expédient. Cet expé-dient est simple ; mais il paraîtra d’abord manquer le but que jeviens de marquer moi-même, quand j’aurai dit qu’il consiste à faireentrer le sort dans l’élection des rois. Je demande en grâce qu’onme laisse le temps de m’expliquer, ou seulement qu’on me reliseavec attention.