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Tome quatrième.
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CHAPITRE XV.

•ÎOS

vous comme de puissance à puissance, et non plus comme de pro-tecteur à protégé, profitez alors de l’épuisement où l’aura jetée laguerre de Turquie pour faire votre œuvre avant qu’elle puisse latroubler. Quoique je ne fasse aucun cas de la sûreté qu'on se pro-cure au-dehors par des traités, cette circonstance unique vousforcera peut-être de vous étayer, autant qu’il se peut, de, cet ap-pui, ne fut-ce que pour connoUre la disposition présente de ceuxqui traiteront avec vous. Mais ce cas excepté, et peut-être en d’au-tres temps quelques traités de commerce, ne vous fatiguez pas à devaines négociations, et ne vous ruinez pas en ambassadeurs etministres dans d’autres cours, et ne comptez pas les alliances ettraités pour quelque chose. Tout cela ne sert de rien avec lespuissances chrétiennes : elles ne connoissent d’autres liens queceux de leur intérêt : quand elles le trouveront à remplir leursengagements, elles les rempliront; quand elles le trouverontà les rompre, elles les rompront : autant vaudroit n’en pointprendre. Encore si cet intérêt étoit toujours vrai, la connois-sance de ce qu’il leur convient de faire pourroit faire prévoir cequ’elles feront. Mais ce n’est presque jamais la raison d’étatqui les guide, c’est l’intérêt momentané d’un ministre, d’unefille, d’un favori; c’est le motif qu’aucune sagesse humaine n’apu prévoir, qui les détermine tantôt pour, tantôt contre leursvrais intérêts. De quoi peut-on s’assurer avec des gens qui n’ontaucun système fixe, et qui ne se conduisent que par des impul-sions fortuites? Rien n’est plus frivole que la science politique descours : comme elle n’a nul principe assuré, l’on n’en peut tireraucune conséquence certaine ; et toute cette belle doctrine desintérêts des princes est un jeu d’enfant qui fait rire les hommessensés.

Ke vous appuyez donc avec confiance ni sur vos alliés ni survos voisins. Vous n’en avez qu’un sur lequel vous puissiez un peucompter, c’est le Grand-Seigneur, et vous ne devez rien épargnerpour vous en faire un appui : non que ses maximes d’état soientbeaucoup plus certaines que celles des autres puissances; tout ydépend également d’un visir, d’une favorite, d’une intrigue desérail; mais l’intérêt de la Porte est clair, simple ; il s’agit de toutpour elle ; et généralement il y règne, avec bien moins de lumiè-res et de finesse, plus de droiture et de bon sens. On a du moinsavec elle cet avantage déplus qu’avec les puissances chrétiennes,qu’elle aime à remplir ses engagements et respecte ordinairement