CHAPITRE XV .
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qu’en suivant le plan que je propose on doit renoncer à tout es-poir de conquête. Mais que, votre œuvre faite, dans vingt ansles Russes tentent de vous envahir, et ils connoîtront quels sol-dats sont pour la défense de leurs foyers ces hommes de paix quine savent pas attaquer ceux des autres, et qui ont oublié le prixde l’argent.
Au reste, quand vous serez délivrés de ces cruels hôtes, gar-dez-vous de prendre envers le roi qu’ils ont voulu vous donneraucun parti mitigé. Il faut ou lui faire couper la tête, comme ill’amérité, ou, sans avoir égard à sa première élection, qui est detoute nullité, l’élire de nouveau avec d’autres pacta conventa ,par lesquels vous le ferez renoncer à la nomination des grandesplaces. Le second parti n’est pas seulement le plus humain, maisle plus sage ; j’y trouve même une certaine fierté généreuse, quipeut-être mortifiera bien autant la cour de Pétersbourg que si vousfaisiez une autre élection. Poniatowski fut très criminel sansdoute; peut-être aujourd’hui n’est-il plus que malheureux : dumoins, dans la situation présente, il me paroît se conduire assezcomme il doit le faire en ne se mêlant de rien du tout. Naturelle-ment il doit au fond de son cœur desirer ardemment l’expulsionde ses durs maîtres. Ilyauroit peut-être un héroïsme patriotiqueà se joindre, pour les chasser, aux confédérés ; mais on sait bienque Poniatowski n’est pas un héros : d’ailleurs, outre qu'on ne lelaisseroit pas faire, et qu’il est gardé à vue infailliblement, de-vant tout au Russe, je déclare franchement que, si j’étois à saplace, je ne voudrais pour rien au monde être capable de cethéroïsme-là.
Je sais bien que ce n’est pas là le roi qu’il vous faut quand votreréforme sera faite ; mais c’est peut-être celui qu’il vous faut pourla faire tranquillement. Qu’il vive seulement encore huit ou dixans, votre machine alors ayant commencé d’aller, et plusieurspalatinats étant déjà remplis par des gardiens des lois, vousn’aurez pas peur de lui donner un successeur qui lui ressemble :mais j’ai peur, moi, qu’en le destituant simplement, vous ne sa-chiez qu’en faire , et que vous ne vous exposiez à de nouveauxtroubles.
De quelque embarras néanmoins que vous puisse délivrer salibre élection, il n’y faut songer qu’après s’être bien assuré deses véritables dispositions, et dans la supposition qu’on lui trou-vera encore quelque bon sens, quelque sentiment d’honneur,