LETTRES A M. BUTTAFUOCO.
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mes? quelle est sa conduite relativement à la patrie? Y a-t-il desmaisons anciennes, des corps privilégiés, de la noblesse? Lesvilles ont-elles des droits municipaux? en sont-elles fort ja-louses ?
Quelles sont les mœurs du peuple, ses goûts, ses occupations,ses amusements, l’ordre et les divisions militaires, la discipline,la manière de faire la guerre, etc. ?
L’histoire de la nation jusqu’à ce moment, les lois, les statuts;tout ce qui regarde l’administration actuelle, les inconvénientsqu’on y trouve, l’exercice de la justice, les revenus publics, l’or-dre économique, la manière de poser et de lever les taxes, ce quepaie à peu près le peuple, et ce qu’il peut payer annuellement etl’un portant l’autre.
Ceci contient en général les instructions nécessaires : mais lesunes veulent être détaillées; il suffit de dire les autres sommaire-ment. En général tout ce qui fait le mieux connoître le génie na-tional ne sauroit être trop expliqué. Souvent un trait, un mot,une action dit plus que tout un livre ; mais il vaut mieux tropque pas assez.
LETTRE III.
AU MÊME.
Motiers-Travers, le 24 mars 1765.
Je vois, monsieur, que vous ignorez dans quel gouffre de nou-veaux malheurs je me trouve englouti. Depuis votre pénultièmelettre on ne m'a pas laissé reprendre haleine un instant. J’ai reçuvotre premier envoi sans pouvoir presque y jeter les yeux. Quantà celui de Perpignan, je n’en ai pas ouï parler. Cent fois j’ai vouluvous écrire ; mais l’agitation continuelle, toutes les souffrancesdu corps et de l’esprit, l’accablement de mes propres affaires, nem’ont pas permis de songer aux vôtres. J’attendois un momentd’intervalle; il ne vient point, il ne viendra point; et, dans l’in-stant même où je vous réponds, je suis, malgré mon état, dans lerisque de ne pouvoir finir ma lettre ici.
Il est inutile, monsieur, que vous comptiez sur le travail quej’avois entrepris : il m’eût été trop doux de m’occuper d’une siglorieuse tâche, cette consolation m’est ôtée. Mon ame épuiséed’ennuis n’est plus en état de penser; mon cœur est le même en-core, mais je n’ai plus de tête ; ma faculté intelligente est éteinte ;