PAETIE I, LETTRE I. 531
« lecture et l’avoir examiné suffisamment ; que l’article lxxxviiï« des ordonnances n’est applicable qu’à un homme qui dogmatise,« et non à un livre destructif de la religion chrétienne; qu’il n’est« pas vrai que la flétrissure d’un ouvrage se communique à Tau-ci teur, lequel peut n’avoir été qu’imprudent ou maladroit ; qu’à« l’égard des ouvrages scandaleux, tolérés ou même imprimés« dans Genève, il n’est pas raisonnable de prétendre que, poura avoir dissimulé quelquefois, un gouvernement soit obligé de« dissimuler toujours ; que d’ailleurs les livres où Ton ne fait que« tourner en ridicule la religion ne sont pas à beaucoup près aussia punissables que ceux où sans détour on l’attaque par le raison-a nement; qu’enfin ce que le conseil doit au maintien delà reli-a gion chrétienne dans sa pureté, au bien public, aux lois, et àa l’honneur du gouvernement, lui ayant fait porter cette sentence,a ne lui permet ni delà changer ni de Taffoiblir. »
Ce ne sont pas là toutes les raisons, objections et réponses quiont été alléguées de part et d’autre, mais ce sont les principales,et elles suffisent pour établir par rapport à moi la question de faitet de droit.
Cependant, comme l’objet, ainsi présenté, demeure encore unpeu vague, je vais tâcher de le fixer avec plus de précision, depeur que vous n’étendiez ma défense à la partie de cet objet queje n’y veux pas embrasser.
Je suis homme, et j’ai fait des livres; j’ai donc fait aussi deserreurs (*). J’en aperçois moi-même un assez grand nombre : jene doute pas que d’autres n’en voient beaucoup davantage, etqu’il n’y en ait bien plus encore que ni moi ni d’autres ne voyonspoint. Si Ton ne dit que cela, j’y souscris.
Mais quel auteur n’est pas dans le même cas, ou s’ose flatter den’y pas être? Là-dessus donc point de dispute. Si Ton me réfuteet qu’on ait raison, Terreur est corrigée, et je me tais. Si Ton meréfute et qu’on ait tort, je me tais encore : dois-je répondre du faitd’autrui ? En tout état de cause, après avoir entendu les deux par-ties, le public est juge ; il prononce, le livre triomphe ou tombe,et le procès est fini.
Les erreurs des auteurs sont souvent fort indifférentes ; mais il
(') Exceptons, si l’on vent, les livres de géométrie et leurs auteurs. Encore, s’il n’ya point d'erreurs dans les propositions mêmes, qui nous assurera qu'il n ’y en ait pointdans l'ordre de déduction, dans le choix, dans la méthode? Euclide démontre, et par-vient à son but; mais quel chemin prend-il? combien n'erre-t-il pas dlans sa route !La science a beau être Infaillible, l’homme qui la cultive se trompe souvent.