PARTIS I, LETTRE I. 543
gine, appropriées, incorporées à l’état, et formant la base, oudu moins faisant partie du système législatif.
Le christianisme, au contraire, est dans son principe une reli-gion universelle, qui n’a rien d’exclusif, rien de local, rien depropre à tel pays plutôt qu’à tel autre. Son divin auteur, embras-sant également tous les hommes dans sa charité sans bornes, estvenu lever la barrière qui séparoit les nations, et réunir tout legenre humain dans un peuple de frères : -Car, en toute nation,celui qui le craint et qui s'adonne à la justice lui est agréable (').Tel est le véritable esprit de l’Évangile.
Ceux donc qui ont voulu faire du christianisme une religion na-tionale et l’introduire comme partie constitutive dans le systèmede la législation, ont fait par-là deux fautes nuisibles, l’une à lareligion, et l’autre à l’état. Ils se sont écartés de l’esprit de Jésus-Christ, dont le règne n’est pas de ce monde ; et, mêlant aux inté-rêts terrestres ceux de l'a religion, ils ont souillé sa pureté céleste,ils en ont fait l’arme des tyrans et l’instrument des persécuteurs.Ils n’ont pas moins blessé les saines maximes de la politique,puisqu’au lieu de simplifier la machine du gouvernement, ils l’ontcomposée, ils lui ont donné des ressorts étrangers, superflus ; et,l’assujettissant à deux mobiles différents, souvent contraires,ils ont causé les tiraillements qu’on sent dans tous les étatschrétiens, où l’on a fait entrer la religion dans le système poli-tique.
Le parfait christianisme est l’institution sociale universelle ;mais, pour montrer qu’il n’est point un établissement politique,et qu’il ne concourt point aux bonnes institutions particulières,il falloit ôter les sophismes de ceux qui mêlent la religion à tout,comme une prise avec laquelle ils s’emparent de tout. Tous lesétablissements humains sont fondés sur les passions humaines, etse conservent par elles : ce qui combat et détruit les passions n’estdonc pas propre à fortifier ces établissements. Comment ce quidétache les cœurs de la terre nous douneroit-il plus d’intérêt pource qui s’y fait ? comment ce qui nous occupe uniquement d’uneautre patrie nous attacheroit-il davantage à celle-ci ?
Les religions nationales sont utiles à l’état comme parties de saconstitution, cela est incontestable ; mais elles sont nuisibles augenre humain, et même à l’état dans un autre sens : j’ai montrécomment et pourquoi.
(')Act. x,53.