PARTIE I, LETTRE II. 5<jl
d’entre eux se gardèrent bien de faire. Or on voit que la disputeétant réduite à ce point ne pouvoit plus finir, et que chacun devoitse donner gain de cause ; les protestants soutenant toujours queleurs interprétations et leurs preuves étoient si claires qu’il falloitêtre de mauvaise foi pour s’y refuser-, et les catholiques, de leurcôté, trouvant que les petits arguments de quelques particuliers,qui même n’étoient pas sans réplique, ne dévoient pas l’emportersur l’autorité de toute l’Église, qui, de tout temps, avoit autre-ment décidé qu’eux les points débattus.
Tel est l'état où la querelle est restée. On n’a cessé de disputersur la force des preuves; dispute qui n’aura jamais de fin, tantque les hommes n’auront pas tous la même lê‘e.
Mais ce n’étoit pas de cela qu’il s’agissoit pour les catholiques.Ils prirent le change; et si, sans s’amuser à chicaner les preuvesde leurs adversaires, ils s’en fussent tenus à leur disputer le droitde prouver, ils les auraient embarrassés, ce me semble.
« Premièrement, leur auroient-ils dit, votre mauière de raison-« lier n’est qu’une pétition de principe ; car si la force de vos« preuves est le signe de votre mission, il s’ensuit, pour ceux« qu’elles ne convainquent pas, que votre mission est fausse, et« qu’ainsi nous pouvons légitimement, tous tant que nous sont-« mes, vous punir comme hérétiques, comme faux apôtres, commeo perturbateurs de l’Église et du genre humain.
« Vous ne prêchez pas, dites-vous, des doctrines nouvelles : el;a que faites-vous donc en nous prêchant vos nouvelles explica-« tions? Donner un nouveau sens aux paroles de l’Écriture, n’est-« ce pas établir une nouvelle doctrine? n’est-ce pas faire parler« Dieu tout autrement qu’il n’a fait? Ce ne sont pas les sons, mais« les sens des mots, qui sont révélés : changer ces sens reconnus« et fixés par l’Église, c’est changer la révélation.
« Voyez de plus combien vous êtes injustes ! Vous convenez« qu’il faut des miracles pour autoriser une mission divine : et« cependant vous, simples particuliers, de votre propre aveu ,« vous venez nous parler avec empire, et comme les envoyés de« Dieu ('). Vous réclamez l’autorité d’interpréter l’Écriture à votre
(*) Farci déclara, en propres termes, à Genève, devant le conseil épiscopal, qu'ilétoit envoyé de Dieu : ce qui lit dire à l’un des membres du conseil ces paroles deCaï-phe : Il a blasphémé : qu'est-il besoin d'autre témoignage ? Il a mérité la mort .Dans la doctrinedes miracles, il en falloit un pour répondre à cela. Cependant Jésusu*en fit point en cette occasion, ni Farel non plus. Froment déclara de môme au ma-gistrat qui lai défendoitde prêcher, qu'ilvaloit mieux obéir à Dieu qu'auxhommes