560 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGRH,
A ces premières clameurs, l’Europe étonnée resta quelques mo-ments en silence, attendant ce qu’il en arriveroit. Enfin le clergé,revenu de sa première surprise, et voyant que ces nouveaux-venusse faisoient des sectateurs, comme s’en fait toujours tout hommequi dogmatise, comprit qu’il falloit s’expliquer avec eux. Il com-mença par leur demander à qui ils en avoient avec tout ce va-carme. Ceux-ci répondent fièrement qu’ils sont les apôtres de lavérité, appelés à réformer l’Eglise, et à ramener les fidèles de lavoie de perdition où les conduisoient les prêtres.
Mais, leur répliqua-t-on, qui vous a donné cette belle commis-sion, de venir troubler la paix de l’Église et la tranquillité publi-que? Notre conscience, dirent-ils, la raison, la lumière intérieure,la voix de Dieu, à laquelle nous ne pouvons résister sans crime :c’est lui qui nous appelle à ce saint ministère, et nous suivonsnotre vocation.
Vous êtes donc envoyés de Dieu? reprirent les catholiques. Ence cas, nous convenons que vous devez prêcher, réformer, in-struire , et qu’on doit vous écouter. Mais, pour obtenir ce droit,commencez par nous montrer vos lettres de créance. Prophétisez,guérissez, illuminez, faites des miracles, déployez les preuves devotre mission.
La réplique des réformateurs est belle, et vaut bien la peined’être transcrite.
« Oui, nous sommes les envoyés de Dieu ; mais notre mission(i n’est point extraordinaire : elle est dans l’impulsion d’une eon-« science droite, dans les lumières d’un entendement sain. Nousa ne vous apportons point une révélation nouvelle, nous nous« bornons à celle qui vous a été donnée, et que vous n’entendeza plus. Nous venons à vous, non pas avec des prodiges, qui peu-« vent être trompeurs, et dont tant de fausses doctrines se sont« étayées, mais avec les signes de la vérité et de la raison, qui« ne trompent point, avec ce livre saint que vous défigurez, et« que nous vous expliquons. Nos miracles sont des arguments in-« vincibles, nos prophélies sont des démonstrations : nous vous« prédisons que si vous n’écoutez la voix de Christ, qui vous« parle par nos bouches, vous serez punis comme des serviteursa infidèles , à qui l’on dit la volonté de leurs maîtres, et qui ne« veulent pas l’accomplir. »
Il n’étoit pas naturel que les catholiques convinssent de l’évi-dence de cette nouvelle doctrine, et c’est aussi ce que la plupart