508 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
(( quée, taudis qu’ils toléroient, qu’ils permettaient même les« écrits les plus odieux, les plus indécents, les plus insultants au<■ christianisme, aux bonnes mœurs, les plus destructifs de toute« vertu, de toute morale, ceux même que Rousseau a cru devoir
réfuter? On eût cherché les motifs secrets d’une partialité si« choquante; on les eût trouvés dans le zèle de l’accusé pour la« liberté, et dans les projets des juges pour la détruire. Rousseau« eût passé pour le martyr des lois de sa patrie. Ses persécuteurs,« en prenant en cette seule occasion le masque de l’hypocrisie,« eussent été taxés de se jouer de la religion, d’en faire l’arme« de leur vengeance et l’instrument de leur haine. Enfin, par« cet empressement de punir un homme dont l’amour pour sa« patrie est le plus grand crime, ils n’eussent fait que se rendre« odieux aux gens de bien, suspects à la bourgeoisie et méprisa-« blés aux étrangers. » Voilà, monsieur, ce qu’on auroitpu dire;voilà tout le risque qu’auroit couru le conseil dans le cas supposédu délit, en s’abstenant d’en connoitre.
Quelqu'un a eu raison Se dire qu’il falloit brûler l'Évangileou les livres de M. Rousseau.
La commode méthode que suivent toujours ces messieurs con-tre moi 1 S’il leur faut des preuves, ils multiplient les assertions;et s’il leur faut des témoignages, il font parler des quidams.
La sentence de celui-ci n’a qu’un sens qui ne soit pas extrava-gant, et ce sens est un blasphème.
Car quel blasphème n’est-ce pas de supposer l’Évangile et lerecueil de mes livres si semblables dans leurs maximes qu’ils sesuppléent mutuellement, et qu’on en puisse indifféremment brû-ler un comme superflu, pourvu que l’on conserve l’autre? Sansdoute, j’ai suivi de plus près que j’ai pu la doctrine de l’Évangile,je l'ai aimée, je l’ai adoptée, étendue, expliquée, sans m’arrêteraux obscurités, aux difficultés, aux mystères, sans me détournerde l’essentiel : je m’y suis attaché avec tout le zèle de mon cœur ;je me suis indigné, récrié de voir cette sainte doctrine ainsi pro-fanée, avilie, par nos prétendus chrétien^, et surtout par ceux quifont profession de nous en instruire. J’ose même croire, et je m’envante, qu’aucun d’eux ne parla plus dignement que moi du vraichristianisme et de son auteur. J’ai là-dessus le témoignage, l’ap-plaudissement même des adversaires, non de ceux de Genève, àla vérité, mais de ceux dont la haine n’est point une rage, et à quila passion n’a point ôté tout sentiment d’équité. Voilà ce qui est