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Tome quatrième.
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PARTIE I, LETTRE V. 613

ii ces personnes se rangent, y est-il dit, qu’on les supporte sans« diffame. Pourquoi? c’est qu’alors on a une sûreté raisonnable« qu’elles ne répandront plus cette ivraie, c’est qu’elles ne sont« plus à craindre. Mais qu’importe la rétractation vraie ou simu-« lée de celui qui, par la voie de l’impression, a imbu tout le« monde de ses opinions? Le délit est consommé, il subsistera« toujours, et ce délit, aux yeux de la loi, est de la même es-« pèce que tous les autres , où le repentir est inutile dès que la« justice en a pris connoissance.»

11 y a là de quoi s’émouvoir ; mais calmons-nous et raisonnons.Tant qu’un homme dogmatise, il fait du mal continuellement ;jusqu’à ce qu’il se soit rangé, cet homme est à craindre; sa li-berté même est un mal, parcequ’il en use pour nuire, pour con-tinuer de dogmatiser. Que s’il se range à la fin, n'importe ; lesenseignements qu’il a donnés sont toujours donnés, et le délit àcet égard est autant consommé qu’il peut l’être. Au contraire,aussitôt qu’un livre est publié, l’auteur ne fait plus de mal, c’est lelivre seul qui en fait. Que l’auteur soit libre ou soit arrêté, le livreva toujours son train. La détention de l’auteur peut être un châ-timent que la loi prononce ; mais elle n’est jamais un remède aumal qu’il a fait, ni une précaution pour en arrêter le progrès.

Ainsi les remèdes à ces deux maux ne sont pas les mêmes. Pourtarir la source du mal que fait le dogmatiseur, il n’y a nul moyenprompt et sûr que de l’arrêter : mais arrêter l’auteur, c’est ne re-médier à rien du tout ; c’est, au contraire, augmenter la publi-cité du livre, et par conséquent empirer le mal, comme le dittrès bien ailleurs l’auteur des Lettres. Ce n’est donc pas là un pré-liminaire à la procédure, ce n’est pas une précaution convenableà la chose; c’est une peine qui ne doit être infligée que par juge-ment , et qui n’a d’utilité que le châtiment du coupable. A moiDSdonc que son délit ne soit un délit civil, il faut commencer parraisonner avec lui, l’admonester, le convaincre, l’exhorter à ré-parer le mal qu’il a fait, à donner une rétractation publique, à ladonner librement afin qu’elle fasse son effet, et à la motiver si bienque ses derniers sentiments ramènent ceux cju’ont égarés les pre-miers. Si, loin de se ranger, il s’obstine, alors seulement on doitsévir contre lui. Telle est certainement la marche pour aller aubien de la chose ; te! est le but de la loi ; tel sera celui d’un sagegouvernement qui doit bien moins se proposer de punir l’auteur,que d’empêcher l’effet de l’ouvrage (page 25).