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Tome quatrième.
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614 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

Comment ne le seroit-ce pas pour l’auteur d’un livre, puisquel’ordonnance, qui suit en tout les voies convenables à l’esprit duchristianisme, ne veut pas même qu’on arrête le dogmatiseur,avant d’avoir épuisé tous les moyens possibles pour le ramenerau devoir? Elle aime mieux courir les risques du mal qu’il peutcontinuer de faire, que de manquer à la charité. Cherchez, degrâce, comment de cela seul on peut conclure que la même ordon-nance veut qu’on débute contre l’auteur par un décret de prisede corps.

Cependant l'auteur des Lettres, après avoir déclaré qu’il re-trouvoit assez ses maximes sur cet articledans celles des représen-tants , ajoute : Mais ces maximes ne sont pas celtes de nos lois ;et un moment après il ajoute encore que ceux qui inclinent àune pleine tolérance pourraient tout au plus critiquer le conseilde n’avoir pas, dans ce cas , fait taire une loi dont l’exercice neleur paroît pas convenable (page 23). Cette conclusion doit sur-prendre, après tant d’efforts pour prouver que la seule loi qui pa-roit s’appliquer à mon délit ne s’y applique pas nécessaire-ment. Ce qu’on reproche au conseil n’est point de n’avoir pasfait taire une loi qui existe, c’est d’en avoir fait parler une quin’existe pas.

La logique employée ici par l’auteur me paroît toujours nou-velle. Qu’en pensez-vous, monsieur? connoissez-vous beaucoupd’arguments dans la forme de celui-ci :

La loi force le conseil à sévir contre l’auteur du livre ?

Et où est-elle cette loi qui force le conseil à sévir contre l’au-teur du livre?

Elle n’existe pas , à la vérité ; mais il en existe une autrequi, ordonnant de traiter avec douceur celui qui dogmatise, or-donne par conséquent de traiter avec rigueur l’auteur dont elleneparle point.

Ce raisonnement devient bien plus étrange encore pour qui saitque ce fut comme auteur et non comme dogmatiseur que Morelli futpoursuivi : il avoit aussi fait un livre, et ce fut pour ce livre seulqu’il fut accusé. Le corps du délit, selon la maxime de notre au-teur, étoit dans le livre même; l’auteur n’avoit pas besoin d’êtreentendu ; cependant il le fut ; et non seulement on l’entendit, maison l’attendit : on sui vit de point en point toute la procédure prescritepar ce même article de l’ordonnance, qu’on nous dit ne regarderni les livres ni les auteurs. On ne brûla même le livre qu’après