618 LETTRES ÉCRITES DE LA. MONTAGNE.
<i ils en informèrent le conseil, où ils le représentèrent pire que« Scrvet, Gentiiis, et tous les autres antitrinitaires, concluant à« ce qu'il fût mis en chambre close ; ce qui fut exécuté ('). »
Vous voyez là d’abord pourquoi il ne fut pas cité au consistoire :c’est qu’étant grièvement malade, et entre les mains des méde-cins, il lui étoit impossible d’y comparaître. Mais s’il n’alloit pasau consistoire, le consistoire ou ses membres aboient vers lui; lesministres le voyoient tous les jours, l’exbortoient tous les jours : en-fin , n’ayant pu rien gagner sur lui, ils le dénoncent au conseil, le re-présentent pire que d’autres qu’on avoit punis de mort, requièrentqu’il soit mis en prison ; et sur leur réquisition cela est exécuté.
En prison même, les ministres firent de leur mieux pour le ra-mener, entrèrent avec lui dans la discussion de divers passagesde l’ancien Testament, et le conjurèrent, par tout ce qu’ils purentimaginer de plus touchant, de renoncer à ses erreurs ( 2 ) : mais ily demeura ferme. Il le fut aussi devant le magistrat qui lui fil su-bir les interrogatoires ordinaires. Lorsqu’il fut question déjugercette affaire, le magistrat consulta encore les ministres, qui com-parurent en conseil au nombre de quinze, tant pasteurs que pro-fesseurs. Leurs opinions furent partagées; mais l’avis du plusgrand nombre fut suivi, et Nicolas exécuté. De sorte que le procèsfut tout ecclésiastique, et que Nicolas fut, pour ainsi dire, brûlépar la main des ministres.
Tel fut, monsieur, l’ordre de la procédure, dans laquelle l’au-teur des Lettres nous assure qu’Antoine ne fut pas cité au consis-toire : d’où il conclut que cette citation n’est donc pas toujoursnécessaire. L’exemple vous paroît-il bien choisi ?
Supposons qu’il le soit, que s’ensuivra-t-il? Les représentantsconcluoient d’un fait en confirmation d’une loi. L’auteur des Let-tres conclut d’un fait contre cette même loi. Si l’autorité dechacun de ces deux faits détruit celle de l’autre, reste la loi dansson entier. Cette loi, quoiqu’une fois enfreinte, en est-elle moinsexpresse ? et suffiroit-il de l’avoir violée une fois, pour avoir droitde la violer toujours ?
Concluons à notre tour. Si j’ai dogmatisé, je suis certainementdans le cas de la loi ; si je n’ai pas dogmatisé, qu’a-t-on à me
(') Histoire de Genève, in-I2, tome Ji, pages 5S0 et suiv., à la note.
( 2 ) S'il y eût renoncé, eût-il également été brûlé ? Selon la maxime de l'auteur desLettres, ilaurait dû l'être. Cependantil paroit qu'il ne l’aurait pas été, puisque malgréson obstination, le magistrat ne laissa pas de consulter les ministres. Il le regardoit enquelque sorte comme étant encore sous leur juridiction.