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Tome quatrième.
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PARTIE I, LETTRE V. 619

dire? Aucune loi n’a parlé de moi ('). Donc on a transgressé la loiqui existe, ou supposé celle qui n’existe pas.

Il est vrai qu’en jugeant l’ouvrage ou n’a pas jugé définitive-ment l’auteur : on n’a fait encore que le décréter, et l’on comptecela pour rien. Cela me paroit dur cependant. Mais ne soyons ja-mais injustes, même envers ceux qui le sont envers nous, et necherchons point l’iniquité où elle peut ne pas être. Je ne fais pointun crime au conseil, ni même à l’auteur des Lettres, de la distinc-tion qu’ils mettent entre l’homme et le livre , pour se disculperde m’avoir jugé sans m’entendre. Les juges ont pu voir la chosecomme ils la montrent ; ainsi je ne les accuse en cela ni de super-cherie ni de mauvaise foi ; je les accuse seulement de s’être trom-pés à mes dépens en un point très grave : et se tromper pourabsoudre est pardonnable ; mais se tromper pour punir est uneerreur bien cruelle.

Le conseil avançoit, dans ses réponses, que, malgré la flétris-sure de mon livre, je restois, quant à ma personne, dans toutesmes exceptions et défenses.

Les auteurs des représentations répliquent qu’on ne comprendpas quelles exceptions et défenses il reste à un homme déclaréimpie, téméraire, scandaleux, et flétri même par la main du bour-reau dans des ouvrages qui portent son nom.

« Vous supposez ce qui n’est point, dit à cela l’auteur des Let-« très, savoir, que le jugement porte sur celui dont l’ouvrage porte« le nom . mais ce jugement ne l’a pas encore effleuré; ses excep-« tions et défenses lui restent donc entières ( page 21 ). »

Vous vous trompez vous-même, dirois-je à cet écrivain. Ilest vrai que le jugement qui qualifie et flétrit le livre n’a pas en-core attaqué la vie de l’auteur ; mais il a déjà tué son honneur :ses exceptions et défenses lui restent encore entières pour ce quiregarde la peine afflictive ; mais il a déjà reçu la peine infamante :il est déjà flétri et déshonoré autant qu’il dépend de ses juges;la seule chose qui leur reste à décider, c’est s’il sera brûléou non.

La distinction sur ce point entre le livre et l’auteur est inepte,puisqu’un livre n’est pas punissable. Un livre n’est en lui-mêmeni impie ni téméraire ; ces épithètes ne peuvent tomber que sur la

(') Rien de ce qui ne blesse aucune loi naturelle ne devient criminel que lorsqu’ilest défendu par quelque loi positive. Cette remarque a pour but de faire sentir aux rai-sonneurs superficiels que mon dilemme est exact.