024 LETTRES ÉCRITES DE LA VIOXTAGKE.
Si c'est un silence forcé par les circonstances et par u poli-tique , il y aurait peu de justice à en faire la matière dun re-proche. Si l’on vous force à tolérer des écrits punissables, .olérezdonc aussi ceux qui ne le sont pas. La décence au mains exigequ’on cache au peuple ces choquantes acceptions de persmnes,qui punissent le foible innocent des fautes du puissant covpable.Quoi ! ces distinctions scandaleuses sont-elles donc des raisons, etferont-elles toujours des dupes? Ne dirait-on pas que le sort dequelques satires obscènes intéresse beaucoup les potentats,et quevoire ville va être écrasée si l’on n’y tolère, si l’on n’y imprime,si l’on n'y vend publiquement ces mêmes ouvrages qu’on proscritdans le pays des auteurs? Peuples, combien on vous en fait ac-croire, en faisant si souvent intervenir les puissances pour auto-riser le mal qu’elles ignorent et qu’on veut faire en leur nom !
Lorsque j’arrivai dans ce pays, on eût dit que tout le royaumede France étoit à mes trousses : on brûle mes livres à Genève ;c’est pour complaire à la France : on m’y décrète; la France leveut ainsi : l’on me fait chasser du canton de Berne; c'est laFrance qui l’a demandé : l’on me poursuit jusque dans ces mon-tagnes ; si l’on m’en eût pu chasser, c’eût encore été la France.Forcé par mille outrages, j’écris une lettre apologétique (*) ; poul-ie coup tout étoit perdu :j’étois entouré, surveillé; la France en-voyoit des espions pour me guetter, des soldats pour m’enlever,des brigands pour m’assassiner; il étoit même imprudent de sor-tir de ma maison : tous les dangers me venoient toujours de laFrance, du parlement, du clergé , de la cour même; on ne vit dela vie un pauvre barbouilleur de papier devenir, pour son mal-heur, un homme aussi important. Ennuyé de tant de bêtises , jevais en France ; je connoissois les François, et j’étois malheu-reux ! On m’accueille, on me caresse, je reçois mille honnêtetés,et il ne tient qu’à moi d’en recevoir davantage. Je retournetranquillement chez moi. L’on tombe des nues; on n’en revientpas; on blâme fortement mon étourderie, mais on cesse de memenacer de la France. On a raison : si jamais des assassins dai-gnent terminer mes souffrances, ce n’est sûrement pas de ceçavs-ià qu’ils viendront (**).
O ta Lettre à M. de Beaumont.
(**) 11 ne peut être ici question que du voyage pédestre fait par lui à Pontarlier.(é7cH-fessiens, Livrexu.) Mais, d'après le récitdcRousseau en cet endroit desConfessions,ce voyage n’iwoit alors pour Put que d’éprouver le Hongrois Sauttern ou Sauttershcimqu’on avoit voulu lui rendre suspect, et il n’v parle nullement de bon accueil, de ca-