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Tome quatrième.
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630 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE,

sensions ne s’étoient élevées, que tant de sang n’avoit été verséque pour des malentendus ; que chacun devoit rester en reposdans son culte, sans troubler celui des autres ; que partout on de-voit servir Dieu, aimer son prochain, obéir aux lois, et qu’en celaseul consistoit l’essence de toute bonne religion? C’étoit établir àla fois la liberté philosophique et la piété religieuse ; c’étoit con-cilier l’amour de l’ordre et les égards pour les préjugés d’autrui ;c’étoit, sans détruire les divers partis, les ramener tous au termecommun de l’humanité et de la raison : loin d'exciter des que-relles, c’étoit couper la racine à celles qui germent encore, et quirenaîtront infailliblement d’un jour à l’autre, lorsque le zèle dufanatisme, qui n’est qu’assoupi, se réveillera : c’étoit, en un mot,dans ce siècle pacifique par indifférence, donner à chacun des rai-sons très fortes d’être toujours ce qu’il est maintenant sans sa-voir pourquoi.

Que de maux tout prêts à renaître n’étoient point prévenus sil’on m’eût écouté ! Quels inconvénients étoient attachés à cetavantage? Pas un, non, pas un. Je défie qu’on m’en montre unseul probable et même possible, si ce n’est l’impunité des erreursinnocentes, et l’impuissance des persécuteurs. Eh! comment sepeut-il qu’après tant de tristes expériences, et dans un siècle siéclairé, les gouvernements n’aient pas encore appris à jeter etbriser cette arme terrible, qu’on ne peut manier avec tant d’a-dresse qu’elle ne coupe la main qui s’en veut servir? L’abbé de St.-Pierre vouloit qu’on ôtât les écoles de théologie, et qu’on soutîntla religion. Quel parti prendre pour parvenir sans bruit à ce dou-ble objet, qui, bien vu, se confond en un? Le parti que j’avois pris.

Une circonstance malheureuse, en arrêtant l’effet de mes bonsdesseins, a rassemblé sur ma tête tous les maux dont je vouloisdélivrer le genre humain. Renaîtra-t-il jamais un autre ami de lavérité que mon sort n’effraie pas? Je l’ignore. Qu’il soit plus sage,s’il a le même zèle, en sera-t-il plus heureux? J’en doute. Le mo-ment que j’avois saisi, puisqu’il est manqué, ne reviendra plus.Je souhaite de tout mon coeur que le parlement de Paris ne serepente pas un jour lui-même d’avoir remis dans la main de lasuperstition le poignard que j’en faisois tomber.

Mais laissons les lieux et les temps éloignés, et retournons àGenève. C’est là que je veux vous ramener par une dernière ob-servation, que vous êtes bien à portée de faire, et qui doit certai-nement vous frapper. Jetez les yeux sur ce qui se passe autour de