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Tome quatrième.
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PARTIE I, LETTRE V. 629

nées, au sujet de l'article Genève de M. d'Alembert. Loin de cal-mer les murmures excités par cet article, l’écrit publié par lespasteurs les avoit augmentés ; et il n’y a personne qui ne, sacheque mon ouvrage leur fit plus de bien que le leur. Le parti pro-testant, mécontent d’eux, n’éclatoit pas ; mais il pouvoit éclaterd'un moment à l’autre ; et malheureusement les gouvernementss’alarment de si peu de chose en ces matières, que les querelles desthéologiens, faites pour tomber dans l'oubli d’elles-mêmes, pren-nent toujours de l’importance par celle qu’on leur veut donner.

Pour moi, je regardois comme la gloire et le bonheur de la patried’avoir un clergé animé d’un esprit si rare dans son ordre, et qui,sans s'attacher à la doctrine purement spéculative, rapportoit toutà la morale et aux devoirs de l’homme et du citoyen. Je pensoîsque, sans faire directement son apologie, justifier les maximesque je lui supposois et prévenir les censures qu’on en pourroitfaire, étoit un service à rendre à l’état. Eu montrant que ce qu’ilnégligeoit n’étoit ni certain ni utile, j’espérois contenir ceux quivoudroient lui en faire un crime : sans le nommer, sans le dési-gner, sans compromettre son orthodoxie, c’étoit le donner enexemple aux autres théologiens.

L’entreprise étoit hardie, mais elle n’étoit pas téméraire; et,sans des circonstances qu’il étoit difficile de prévoir, elle devoitnaturellement réussir. Je n’étois pas seul de ce sentiment; desgens très éclairés, d’illustres magistrats même, pensoient commemoi. Considérez l’état religieux de l’Europe au moment où je pu-bliai mon livre, et vous verrez qu’il étoit plus que probable qu’ilseroit partout accueilli. La religion, décréditée en tout lieu parla philosophie, avoit perdu son ascendant jusque sur le peuple.Les gens d’église, obstinés à l’étayer par son côté foible, avoientlaissé miner tout le reste ; et l’édifice entier, portant à faux, étoitprêt à s'écrouler. Les controverses avoient cessé, parcequ’ellesn’intéressoient plus personne ; et la paix régnoit entre les diffé-rents partis, parceque nul ne se soucioit plus du sien. Pour ôterles mauvaises branches, on avoit abattu l’arbre ; pour le replan-ter, il falloit n’y laisser que le tronc.

Quel moment plus heureux pour établir solidement la paixuuiverselle, que celui où l’animosité des partis suspendue laissoittout le monde en état d ecouter la raison? A qui pouvoit déplaireun ouvrage où, sans blâmer, du moins sans exclure personne,on faisoit voir qu’au fond tousétoient d’accord; que tant de dis-4. .28