PARTIE I, LETTRE VI. 633
Coaiment m’y prendre pour montrer qu’ils n’ont pas dit vrai,pour prouver que je ne détruis point les gouvernements? Quel-que endroit de mes écrits que je défende, ils diront que ee n’estpas celui-là qu’ils ont condamné, quoiqu’ils aient condamné tout,le bon comme le mauvais, sans nulle distinction. Pour ne leurlaisser aucune défaite, il faudroit donc tout reprendre, tout sui-vre d’un bout à l’autre, livre à livre, page à page, ligue à ligne,et presque enfin mot à mot. Il faudroit de plus examiner tous lesgouvernements du monde, puisqu’ils disent que je les détruistous. Quelle entreprise! Que d’années y faudroit-il employer!Que d 'in-folio faudroit-il écrire? et, après cela, qui les liroit?
Exigez de moi ce qui est faisable. Tout homme sensé doit secontenter de ce que j’ai à vous dire: vous ne voulez sûremen*rien de plus.
De mes deux livres, brûlés à la fois sous des imputations com-munes, il n’y en a qu’un qui traite du droit politique et des ma-tières de gouvernement. Si l’autre en traite, ce n’est que dans unextrait du premier. Ainsi je suppose que c’est sur celui-ci seu-lement que tombe l’accusation. Si cette accusation portoit surquelque passage particulier, on l’auroit cité sans doute, on en au-rait du moins extrait quelque maxime fidèle ou infidèle, commeon a fait sur les points concernant la religion.
C’est donc le système établi dans le corps de l'ouvrage qui dé-truit les gouvernements : il nes’agitdonc que d’exposer cesystème,ou de faire une analyse du livre ; et si nous n’y voyons évidem-ment les principes destructifs dont il s'agit, nous saurons du moinsoù les chercher dans l’ouvrage, en suivant la méthode de l’auteur.
Mais, monsieur, si, durant cette analyse, qui sera courte,vous trouvez quelque conséquence à tirer, de grâce ne vous pres-sez pas. Attendez que nous en raisonnions ensemble : après celavous y reviendrez si vous voulez.
Qu’est-ce qui fait que l’état est un ? C’est l’union de ses mem-bres. Et d’où naît l’union de ses membres ? De l’obligation qui leslie. Tout est d’accord jusqu'ici.
Mais quel est le fondement de cette obligation? Voilà où lesauteurs se divisent. Selon les uns, c’est la force; selon d’autres,l’autorité paternelle ; selon d'autres, la volonté de Dieu. Chacunétablit son principe et attaque celui des autres : je n’ai pas moi-même fait autrement ; et, suivant la plus saine partie de ceuxqui ont discuté ces matières, j’ai posé pour fondement du corps