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Tome quatrième.
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640 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.

mes. D’ailleurs ces sujets m’éloignent moins qu'il ne semble decelui qui vous intéresse. En parlant de moi, je pensois à vous ; etvotre question tenoit si bien à la mienne , que l’une est déjà ré-solue avec l’autre ; il ne me reste que la conséquence à tirer.Partout où l'innocence n’est pas en sûreté , rien n’y peut être ;partout où les lois sont violées impunément, il n’y a plus de li-berté.

Cependant, comme on peut séparer l’intérêt d’un particulierde celui du public, vos idées sur ce point sont encore incertaines ;vous persistez à vouloir que je vous aide à les fixer. Vous deman-dez quel est l’état présent de votre république, et ce que doiventfaire ses citoyens. Il est plus aisé de répondre à la première ques-tion qu’à l’autre.

Cette première question vous embarrasse sûrement moins parelle-même que par les solutions contradictoires qu’on lui donneautour de vous. Des gens de très bon sens vous disent, Nous som-mes le plus libre de tous les peuples ; et d’autres gens de très bonsens vous diseut, Nous vivons sous le plus dur esclavage. Lesquelsont raison? me demandez-vous. Tous, monsieur ; mais à différentségards : une distinction très simple les concilie. Rien n’est pluslibre que votre état légitime ; rien n’est plus servile que votre étatactuel.

Vos lois ne tiennent leur autorité que de vous, vous ne recon-noissez que celles que vous faites ; vous ne payez que les droitsque vous imposez ; vous élisez les chefs qui vous gouvernent ; ilsn’ont droit de vous juger que par des formes prescrites. En conseilgénéral, vous êtes législateurs, souverains, indépendants de toutepuissance humaine ; vous ratifiez les traités, vous décidez de lapaix et de la guerre ; vos magistrats eux-mêmes vous traitent demagnifiques , très honorés et souverains seigneurs ; voilà votreliberté; voici votre servitude.

Le corps chargé de l’exécution de vos lois en est l’interprète etl’arbitre suprême ; il les fait parler comme il lui plaît ; il peut lesfaire taire, il peut même les violer sans que vous puissiez y mettreordre ; il est au-dessus des lois.

Les chefs que vous élisez ont, indépendamment de votre choix,d’autres pouvoirs qu’i's ne tiennent pas de vous, et qu’ils étendentaux dépens de ceux qu’ils en tiennent. Limités dans vos élections

mort s'il juge qu'ils ont mérité cette peine. Althusen mourut dunsles premières an-nées du dix-septième siècle.